Ventouse électromagnétique : force de retenue, montage et usage sur issue de secours
Une ventouse électromagnétique tient la porte fermée par l’attraction d’un électroaimant, fixé au dormant, sur une contre-plaque vissée au vantail. Sans courant, elle ne retient plus rien : c’est un dispositif à sécurité positive par nature. Sa force, exprimée en kilogrammes dans les catalogues, ne dit rien de sa conformité : sur une issue de secours, la ventouse doit s’intégrer à un ensemble prévu pour cet usage.
La ventouse électromagnétique s’est imposée sur les portes de bureaux, de locaux techniques, de halls et de couloirs coupe-feu, souvent posée par l’électricien ou l’installateur de contrôle d’accès, et rappelée au serrurier quand la porte ne ferme plus, ferme trop, ou bloque une sortie. Le principe est simple, ses pièges le sont moins : une force annoncée qui ne se retrouve pas sur place, une contre-plaque mal alignée, une porte de dégagement qui ne se libère qu’au badge. Cet article explique comment une ventouse électromagnétique tient une porte, comment lire sa force, comment la monter, ce qu’il faut pour l’installer sur une issue de secours, et quand préférer une gâche électrique.
Ventouse électromagnétique : comment elle tient une porte
Une ventouse se compose de deux pièces :
- le corps, un électroaimant fixé sur le dormant, en général en partie haute, côté opposé aux paumelles ;
- la contre-plaque, une plaque d’acier fixée sur le vantail, en face du corps.
Sous tension, l’électroaimant attire la contre-plaque et la porte reste fermée. Courant coupé, l’attraction disparaît instantanément et la porte s’ouvre sans effort. Il n’y a ni pêne, ni gâche, ni pièce en mouvement : la ventouse ne s’use pas comme une serrure, mais elle dépend entièrement de son alimentation et de la qualité du contact entre les deux pièces.
Cette architecture fait de la ventouse un dispositif à sécurité positive par construction : toute défaillance de l’alimentation libère la porte. C’est son principal intérêt sur une porte qu’on doit pouvoir franchir en cas d’alarme, et sa limite sur une porte qu’on veut tenir pendant une coupure. Les modèles destinés aux issues de secours intègrent en outre une signalisation : Legrand équipe par exemple ses ventouses 300 kg et 650 kg d’une « signalisation par LEDs de l’état de la porte » et d’un contact de position à effet Hall pour reporter cet état (fiche Legrand 300 kg).
L’essentiel : une ventouse ne verrouille que tant qu’elle est alimentée. Une porte équipée d’une seule ventouse est ouverte à chaque coupure de courant.
Force ventouse 300 kg, 500 kg, 650 kg : ce que valent ces chiffres
Les catalogues classent les ventouses par leur force de maintien, exprimée en kilogrammes. Quelques exemples relevés chez Legrand :
| Modèle (Legrand) | Force annoncée | Alimentation | Consommation annoncée |
|---|---|---|---|
| Ventouse électromagnétique 300 kg | 300 kg | 12 V ou 24 V continu, sélection automatique | 320 mA sous 12 V, 240 mA sous 24 V |
| Ventouse Premium 300 kg | 300 kg | 12 V ou 24 V continu | 270 mA sous 12 V, 180 mA sous 24 V |
| Ventouse électromagnétique 650 kg | 650 kg | 12 V ou 24 V continu | 320 mA sous 12 V, 240 mA sous 24 V (maximum) |
| Bandeau en applique | 2 ventouses de 400 kg | 12 V ou 24 V continu | Selon notice |
Trois remarques pour lire ces chiffres sans se tromper :
- C’est une force de maintien, pas une résistance à l’effraction. Le chiffre en « kg » est l’habitude commerciale ; physiquement, il s’agit d’une force (que d’autres fiches expriment en daN). Il mesure l’effort nécessaire pour décoller la contre-plaque, perpendiculairement, dans des conditions idéales.
- La force réelle dépend du contact. Une contre-plaque mal alignée, un jeu, de la peinture ou un dépôt entre les faces, une porte voilée : tout ce qui écarte les deux surfaces réduit l’attraction. Une ventouse « 300 kg » mal posée n’en tient qu’une fraction.
- La force se choisit selon la porte et l’exposition, pas au plus fort par principe. Une porte intérieure de bureau n’a pas les besoins d’une porte sur rue ou d’un local exposé ; au-delà, on double les ventouses ou on change de solution.
Il existe aussi des ventouses dites à cisaillement, encastrées dans le dormant et le vantail, qui travaillent dans un autre sens que la ventouse en applique. Leur pose et leurs conditions d’emploi relèvent de la documentation de chaque fabricant : ne les posez qu’avec la notice du modèle.
Ventouse ou gâche électrique : comment choisir
Les deux équipements commandent une porte à distance, mais ne répondent pas au même besoin. Le fonctionnement détaillé des gâches, émission et rupture, est traité dans Gâche électrique émission ou rupture.
| Critère | Ventouse électromagnétique | Gâche électrique |
|---|---|---|
| Sans courant | Toujours libérée | Libérée (rupture) ou verrouillée (émission) |
| Lien avec la serrure | Aucun : posée en applique, indépendante | Remplace la gâche de la serrure existante |
| Intervention sur la menuiserie | Fixations du corps et de la contre-plaque | Entaille du dormant, adaptation au pêne |
| Signalisation d’état | Fréquente (voyant, contact de position) | Plus rare |
| Consommation | Permanente tant que la porte est tenue | Ponctuelle (émission) ou permanente (rupture) |
| Usage type | Porte contrôlée, issue de secours équipée, porte à libérer sur alarme | Porte d’immeuble, portillon, porte commandée par interphone |
Deux situations font pencher vers la ventouse : la porte dont la serrure ne doit pas être modifiée, et la porte qui doit se libérer sur ordre d’un système, contrôle d’accès ou alarme incendie. À l’inverse, sur une porte d’immeuble qui doit rester fermée pendant une coupure, une gâche à émission reste la solution logique. L’ensemble des équipements de contrôle d’accès est présenté dans Contrôle d’accès pour le serrurier.
Montage d’une ventouse : porte tirante, porte poussante, contre-plaque
Le corps se fixe sur le dormant, côté où la porte vient en appui. Le montage dépend donc du sens d’ouverture vu du côté de la ventouse :
- porte tirante (le vantail vient vers le corps) : montage direct, contre-plaque sur la face du vantail ;
- porte poussante (le vantail s’éloigne du corps) : il faut une équerre ou un support qui ramène la contre-plaque face au corps. Legrand propose par exemple un « kit poussant en L » pour sa ventouse Premium 300 kg (fiche du kit).
Quelques règles de pose valent pour tous les modèles :
- Placez la ventouse du côté de la serrure, le plus loin possible des paumelles, pour bénéficier du bras de levier.
- Laissez la contre-plaque légèrement mobile, sur sa rotule ou ses rondelles, pour qu’elle se plaque à plat sur le corps : c’est la condition de la force annoncée.
- Fixez la contre-plaque à travers le vantail avec la visserie fournie, plutôt que par de simples vis à bois.
- Faites passer le câble à l’abri : une ventouse dont on peut couper l’alimentation depuis l’extérieur ne protège rien.
- Raccordez la signalisation quand elle existe : voyant et contact de position permettent à l’exploitant de savoir si la porte est réellement tenue.
- Prévoyez la sortie : bouton de sortie, lecteur côté intérieur ou dispositif de commande manuelle, selon l’usage de la porte (voir plus bas).
Piège fréquent : une ventouse posée sur une porte qui comporte toujours sa serrure à clé. Si l’occupant ferme à clé, la ventouse ne sert plus à rien ; si la serrure est retirée, la porte ne tient plus qu’au courant. Décidez avec l’exploitant de ce que doit faire chaque organe.
Ventouse sur issue de secours : commande manuelle, gestionnaire et normes
Une issue de secours n’est pas une porte comme les autres. Sur un lieu de travail, le code du travail exige que les portes des dégagements s’ouvrent par une manœuvre simple et qu’une porte verrouillée reste manœuvrable de l’intérieur « sans clé » (article R4227-6). L’INRS, dans son aide-mémoire TJ 20, range parmi les solutions admises, selon une circulaire de 1995, les « dispositifs de verrouillage approuvés pour les ERP ». Pour les établissements recevant du public, l’INRS rappelle que le règlement de sécurité approuvé par l’arrêté du 25 juin 1980 ajoute ses propres dispositions à celles du code du travail (page réglementation de l’INRS).
Côté normes, le dispositif de verrouillage d’une issue de secours est un dispositif actionné de sécurité du système de sécurité incendie : la NF S 61-937-13, publiée en décembre 2022, lui est consacrée. Une ventouse d’issue de secours s’inscrit donc dans un ensemble, que les gammes des fabricants décrivent pièce par pièce. Chez Legrand, par exemple :
| Élément | Rôle selon le fabricant |
|---|---|
| Ventouse 300 kg ou 650 kg | Fiches « pour issues de secours », déclarées « conforme à la norme NF S 61-937 » |
| Dispositif de commande manuelle pour issue de secours (DCMIS), boîtier vert | « Permet le déverrouillage immédiat d’une issue normalement fermée par un dispositif électromagnétique » (fiche DCMIS) |
| Gestionnaire local d’issue de secours (GLIS) | Alimente et surveille la ligne du dispositif, signale un déclenchement, un défaut de ligne ou de position de la porte (fiche GLIS) |
Ce que cela implique pour le serrurier :
- la conformité se juge sur l’ensemble, pas sur la ventouse : une ventouse déclarée conforme, raccordée sans commande manuelle ni gestion, ne fait pas une issue de secours équipée ;
- un lecteur de badge ne suffit pas à libérer une porte de dégagement : la sortie doit rester possible par une manœuvre simple, sans clé ni badge ;
- en établissement recevant du public, le raccordement au système de sécurité incendie, l’emplacement des commandes et leur nombre relèvent du dossier de sécurité de l’établissement et de l’installateur du système ; le serrurier pose ce qui est prescrit et signale par écrit ce qui manque.
Quand la porte doit simplement s’ouvrir à la poussée, sans électricité, la réponse est mécanique : voir Barre antipanique : EN 1125, EN 179.
Ventouse électromagnétique et porte coupe-feu : un autre usage
Sur une porte coupe-feu, le mot « ventouse » désigne souvent un tout autre équipement : le dispositif qui maintient la porte ouverte en temps normal et la libère sur alarme, pour qu’elle se referme sous l’action de son ferme-porte. Legrand le nomme « déclencheur électromagnétique pour porte coupe-feu » et le décrit comme une « ventouse électromagnétique à rupture de tension », alimentée en 24 V ou 48 V continu, avec une force de maintien de 20 daN sous 24 V et 50 daN sous 48 V (fiche Legrand).
La logique est la même, l’usage est inverse : la ventouse de verrouillage tient la porte fermée, le déclencheur tient la porte ouverte. Dans les deux cas, la coupure libère. Sur une porte coupe-feu, ces ajouts modifient l’ensemble évalué ; la marche à suivre est détaillée dans Serrure de porte coupe-feu, et le réglage du ferme-porte qui doit refermer la porte dans Ferme-porte EN 1154.
Les contrôles avant de quitter le chantier
Une ventouse se contrôle en quelques minutes ; la plupart des rappels viennent d’un test oublié.
- Coupez l’alimentation : la porte doit se libérer immédiatement, sans effort résiduel.
- Actionnez chaque commande de sortie (bouton, dispositif de commande manuelle) : la porte doit se libérer à chaque fois, et le réarmement doit suivre la notice.
- Tirez la porte fermée sous tension : elle ne doit ni bâiller ni « décoller » au premier effort ; sinon, revoyez l’alignement de la contre-plaque.
- Vérifiez la signalisation : voyant et report d’état doivent correspondre à la position réelle de la porte.
- Vérifiez la refermeture : sans ferme-porte réglé, la porte ne revient pas au contact de la ventouse et reste ouverte.
- Remettez la documentation : notice, déclaration de conformité du fabricant, schéma de raccordement, à joindre au dossier de l’exploitant.
Ces interventions sur le tertiaire et les parties communes se font souvent pour le compte d’une entreprise donneuse d’ordre ; si c’est votre cas, les règles de la sous-traitance avec KRONO GROUPE sont publiées sur la page dédiée.
Ce qu’il faut retenir
- Une ventouse électromagnétique retient la porte par attraction tant qu’elle est alimentée, et la libère à toute coupure : c’est un dispositif à sécurité positive par construction.
- La force annoncée en kilogrammes est une force de maintien dans des conditions idéales ; l’alignement de la contre-plaque décide de la force réelle.
- On préfère la ventouse quand la porte doit se libérer sur ordre ou sur alarme, la gâche à émission quand elle doit rester fermée pendant une coupure.
- Sur une issue de secours, la conformité se juge sur l’ensemble : ventouse déclarée conforme, commande manuelle de déverrouillage, gestion et, en établissement recevant du public, raccordement prévu par le dossier de sécurité.
- Sur une porte coupe-feu, la « ventouse » est souvent un déclencheur qui maintient la porte ouverte : même principe, usage inverse.
Questions fréquentes
Comment fonctionne une ventouse électromagnétique ?
Un électroaimant, alimenté en courant continu, est fixé sur le dormant ; une contre-plaque d’acier est fixée sur le vantail. Sous tension, l’aimant attire la plaque et maintient la porte fermée ; dès que le courant est coupé, l’attraction cesse et la porte s’ouvre librement. La ventouse ne comporte ni pêne ni gâche : tout repose sur la qualité du contact entre les deux pièces.
Ventouse ou gâche électrique, laquelle choisir ?
La gâche électrique s’intègre à une serrure existante et peut rester verrouillée sans courant si elle fonctionne en émission. La ventouse se pose en applique sans toucher à la serrure, se libère toujours à la coupure et signale facilement l’état de la porte. On choisit la gâche pour une porte d’immeuble ordinaire, la ventouse pour une porte contrôlée qui doit se libérer sur ordre ou en cas d’alarme.
Quelle force de ventouse choisir, 300 ou 500 kg ?
Le chiffre annoncé est une force de maintien mesurée par le fabricant, contre-plaque parfaitement plaquée. Sur le terrain, un mauvais alignement ou un jeu réduit la force réelle. Le choix suit la taille de la porte, son exposition et la notice du fabricant ; quand un seul corps ne suffit pas, on double les ventouses ou on change de solution plutôt que de forcer le réglage.
Une ventouse peut-elle verrouiller une issue de secours ?
Oui, à condition d’être intégrée à un ensemble prévu pour cela : ventouse déclarée conforme par son fabricant à la norme applicable, dispositif de commande manuelle à proximité pour la déverrouiller immédiatement, et, en établissement recevant du public, raccordement au système de sécurité incendie selon le dossier de l’établissement. Un lecteur de badge seul ne suffit pas à libérer une porte de dégagement.
Sources
- Legrand (fabricant) — Ventouse électromagnétique 300 kg pour issues de secours
- Legrand (fabricant) — Ventouse électromagnétique 650 kg pour issues de secours
- Legrand (fabricant) — Ventouse Premium 300 kg
- Legrand (fabricant) — Kit poussant en L pour ventouse Premium 300 kg
- Legrand (fabricant) — Bandeau en applique équipé de ventouses
- Legrand (fabricant) — Dispositif de commande manuelle pour issue de secours (DCMIS)
- Legrand (fabricant) — Gestionnaire local d’issue de secours (GLIS)
- Legrand (fabricant) — Déclencheur électromagnétique pour porte coupe-feu
- AFNOR — NF S 61-937-13 (décembre 2022), dispositif de verrouillage pour issue de secours
- Code du travail — Article R4227-6 (portes des dégagements)
- INRS — Incendie sur le lieu de travail : réglementation et textes de référence
- INRS — TJ 20, Prévention des incendies sur les lieux de travail (aide-mémoire juridique, 2018)
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.