Gâche électrique émission ou rupture : fonctionnement, branchement et choix selon la porte
Une gâche électrique à émission se déverrouille quand on l’alimente et reste verrouillée sans courant ; une gâche à rupture reste verrouillée tant qu’elle est sous tension permanente et se libère dès que l’alimentation est coupée. Le choix entre émission ou rupture dépend donc de ce que la porte doit faire en cas de coupure : rester fermée, ou laisser sortir.
Une porte d’immeuble qui ne s’ouvre plus depuis l’interphone, une porte de bureau qui reste bloquée pendant une coupure, une gâche qui chauffe et finit par lâcher : derrière ces appels, on retrouve souvent la même question mal tranchée à la pose, gâche électrique émission ou rupture. Les deux se ressemblent, se posent au même endroit et portent parfois la même référence de boîtier. Elles font pourtant l’inverse l’une de l’autre quand le courant manque. Cet article explique leur fonctionnement, la notion de sécurité positive, l’alimentation, le branchement sur un interphone ou un digicode, et ce que les règles d’évacuation imposent au choix.
Gâche électrique émission ou rupture : la différence en une ligne
Une gâche électrique remplace la gâche mécanique sur le dormant. Sa partie mobile retient le pêne de la serrure ; une bobine commande ce verrouillage. Les fiches du fabricant Legrand résument les trois comportements qu’on rencontre sur le terrain.
| Type | Au repos, sans courant | Sous tension | Description du fabricant |
|---|---|---|---|
| À émission de courant | Verrouillée | Déverrouillée tant que dure la tension | « Ne reste déverrouillée que pendant la durée de la mise sous tension » (fiche Legrand) |
| À rupture de courant | Déverrouillée | Verrouillée en permanence | « Se verrouille sous une tension permanente — la rupture d’alimentation assure le déverrouillage » (fiche Legrand) |
| À émission « 2 temps » | Verrouillée | Libérée par une impulsion, jusqu’au passage | Déverrouillage « par une simple impulsion électrique », reverrouillage « lors de l’ouverture ou fermeture de la porte » (fiche Legrand) |
La version 2 temps, dite aussi à contact stationnaire, règle un défaut classique de l’émission simple : le visiteur qui pousse la porte une seconde trop tard. Elle reste libérée après l’impulsion et ne se referme qu’au passage.
L’essentiel : une gâche à émission a besoin de courant pour ouvrir ; une gâche à rupture a besoin de courant pour fermer. Toute la suite du choix découle de cette phrase.
Gâche à rupture de courant et sécurité positive
On appelle sécurité positive le principe selon lequel une défaillance place le dispositif dans sa position de sécurité. Pour une porte que des personnes doivent pouvoir franchir en cas de sinistre, la position de sécurité, c’est la porte libérée. Une coupure d’alimentation, un câble sectionné, une alimentation en panne : la gâche à rupture se libère dans tous ces cas, sans qu’aucun ordre ne soit nécessaire.
Ce principe a deux contreparties qu’il faut expliquer au client avant la pose :
- La porte n’est plus tenue pendant une coupure. Une gâche à rupture protège l’évacuation, pas l’accès. Sur une porte d’immeuble, chaque coupure de courant laisse l’entrée libre.
- La gâche consomme en permanence. Elle est alimentée jour et nuit pour rester verrouillée. Legrand annonce par exemple, pour son modèle à rupture, une alimentation « 12V= exclusivement » et une consommation de 200 mA en courant continu : l’alimentation doit être dimensionnée pour ce service continu.
La gâche à émission suit la logique inverse : elle reste verrouillée sans courant. Elle protège l’accès pendant une coupure, mais la commande à distance cesse de fonctionner. Ce n’est pas un défaut tant que la serrure s’ouvre de l’intérieur à la béquille ou au bouton : le pêne recule alors mécaniquement, sans rien demander à la gâche.
Piège fréquent : poser une gâche à rupture « parce que c’est plus sûr ». Elle est plus sûre pour sortir, moins sûre pour empêcher d’entrer. Le bon type dépend de ce que la porte doit faire quand le courant manque.
Alimentation d’une gâche électrique : tension, courant, alternatif ou continu
Une gâche électrique est un électroaimant : elle demande une tension et un courant précis, indiqués sur sa fiche. Les données publiées par Legrand pour ses gâches illustrent les écarts d’un modèle à l’autre :
| Modèle Legrand | Tension | Consommation annoncée |
|---|---|---|
| Gâche à émission 1 temps | 12 V alternatif ou continu | 300 mA en alternatif, 400 mA en continu |
| Gâche 2 temps | 12 V alternatif ou continu | 300 mA en alternatif, 400 mA en continu |
| Gâche à rupture | 12 V continu exclusivement | 200 mA en continu |
Ces valeurs valent pour ces références ; d’autres fabricants proposent des gâches en 24 V, ou multitension. Trois vérifications avant de raccorder :
- la nature du courant : une gâche donnée pour le seul continu ne se branche pas sur la sortie alternative d’un transformateur de sonnette ;
- le courant disponible : la sortie de commande d’une platine ou d’un digicode a un pouvoir limité, indiqué dans sa notice ;
- la longueur de câble : sur une grande distance, la chute de tension peut empêcher la gâche de se libérer franchement. La section se choisit selon la notice du fabricant de l’alimentation et de la gâche.
Branchement d’une gâche électrique avec interphone ou digicode
Le schéma de raccordement tient en quelques règles, que l’on peut décrire sans dessin. La platine de rue ou le clavier dispose d’une sortie de commande ; tout dépend de ce qu’elle peut alimenter directement.
- Repérez la sortie de commande et ses limites. Chez Legrand, la platine de rue commande la gâche par ses bornes S+ et S−. Le fabricant prévoit un relais « pour gâche à émission supérieure à 400 mA » (fiche du relais) : en dessous, la gâche à émission se raccorde directement.
- Au-delà, intercalez un relais à contact sec. Le même relais Legrand transforme la sortie S+ S− en contact commun, normalement ouvert et normalement fermé (C, NO, NC), pour « piloter l’intégralité des gâches, ventouses et automatismes de portail ». La gâche est alors alimentée par sa propre alimentation, et la platine ne fait que commuter.
- Gâche à émission : câblez sur le contact normalement ouvert. Au repos, le circuit est ouvert et la gâche verrouillée ; l’appel ferme le contact et l’alimente pendant la durée de la commande.
- Gâche à rupture : câblez sur le contact normalement fermé. Au repos, la gâche est alimentée en permanence ; l’appel ouvre le contact, coupe le courant et libère la porte.
- Ajoutez le bouton de sortie selon la même logique. Un poussoir à contact normalement ouvert en parallèle pour une gâche à émission ; un poussoir à contact normalement fermé en série pour une gâche à rupture. Dans les deux cas, un appui libère la porte.
- Respectez la polarité en courant continu et réglez la temporisation d’ouverture sur la platine ou le clavier, pas au jugé.
Un digicode suit exactement la même logique : sa sortie est le plus souvent un contact de relais, sur lequel on câble la gâche comme ci-dessus. Les centrales Vigik des halls d’immeuble aussi ; leur fonctionnement propre est traité dans Vigik : installation et fonctionnement, et l’ensemble des équipements dans Contrôle d’accès pour le serrurier.
Le contrôle de fin de pose : coupez l’alimentation. Une gâche à rupture doit libérer la porte ; une gâche à émission doit la laisser verrouillée, et la porte doit pourtant s’ouvrir de l’intérieur à la béquille.
Choisir une gâche électrique selon la porte et la serrure
Le type électrique n’est qu’un critère. La gâche doit aussi convenir mécaniquement à la porte :
- le sens et la main : Legrand présente ses gâches comme symétriques et réversibles, posables « quel que soit le sens d’ouverture » ; ce n’est pas le cas de toutes, vérifiez la notice ;
- la pose : encastrée dans le dormant ou en applique, avec simple ou double empennage selon la menuiserie ;
- le pêne concerné : la gâche électrique travaille sur le pêne qui entre dans sa partie mobile, en général le demi-tour. Si l’occupant ferme en plus un pêne dormant à la clé, la commande électrique n’ouvrira pas la porte ;
- la certification de la serrure : sur une serrure A2P, la gâche électrique n’est admise que si l’annexe du certificat la prévoit. L’annexe 24.284 du CNPP liste ainsi l’option « gâche électrique », avec cette réserve : « L’utilisation de la gâche électrique seule ne permet pas de garantir les caractéristiques certifiées de la serrure. » La lecture d’une annexe est détaillée dans Norme A2P ;
- la résistance au feu : sur une porte coupe-feu, ajouter une gâche électrique modifie l’ensemble évalué, comme l’explique Serrure de porte coupe-feu.
Quand l’exploitant veut une porte tenue à la fois contre l’intrusion et libre en cas d’alarme, la réponse n’est plus une gâche seule mais un dispositif conçu pour l’issue de secours, souvent une ventouse : voir Ventouse électromagnétique.
Gâche électrique et évacuation : ce que disent les textes
Sur un lieu de travail, l’article R4227-6 du code du travail pose que les portes des dégagements réglementaires « s’ouvrent par une manœuvre simple ». Son troisième alinéa vise directement le serrurier : « Toute porte verrouillée est manœuvrable de l’intérieur dans les mêmes conditions qu’au 2° et sans clé. » L’aide-mémoire juridique TJ 20 de l’INRS rappelle, d’après la circulaire du 14 avril 1995, que cette manœuvre simple peut être assurée par un bec de cane, une poignée tournante, une crémone à poignée ou à levier, une barre antipanique, ou par des dispositifs de verrouillage approuvés pour les établissements recevant du public.
Conséquence pratique pour une gâche électrique :
- une gâche à émission associée à une serrure à béquille intérieure laisse la sortie libre par la béquille : la manœuvre simple ne dépend pas du courant ;
- la même gâche associée à une serrure qui exige la clé côté intérieur, ou à un cylindre sans bouton, ne répond pas à cette exigence sur une porte de dégagement ;
- une gâche à rupture ne suffit pas à faire d’une porte une issue de secours conforme : la libération sur coupure de courant est un comportement, pas une approbation.
Dans les établissements recevant du public, le règlement de sécurité approuvé par l’arrêté du 25 juin 1980 ajoute ses propres règles à celles du code du travail, comme le rappelle l’INRS. Côté normalisation, le verrouillage d’une issue de secours est rangé parmi les dispositifs actionnés de sécurité d’un système de sécurité incendie : c’est le titre même de la norme NF S 61-937-13, publiée en décembre 2022, consacrée au « dispositif de verrouillage pour issue de secours ». Sur ces portes, le serrurier pose ce que prévoit le dossier de sécurité de l’établissement, et non une gâche choisie au catalogue.
NF EN 14846 : la norme des gâches électromécaniques
La norme européenne des gâches électriques est la NF EN 14846, « Quincaillerie pour le bâtiment — Serrures — Serrures et gâches électromécaniques — Exigences et méthodes d’essai », publiée en novembre 2008 (indice de classement P26-333) et toujours en vigueur à l’AFNOR. Selon sa présentation, elle fixe des exigences de résistance, de sécurité, d’endurance et de fonctionnement pour les serrures, becs-de-cane et gâches manœuvrés par des moyens électromécaniques, y compris ceux destinés aux portes de compartimentage feu et fumée situées sur des voies d’évacuation.
Pour le poseur, la norme sert surtout à comparer des fiches techniques : un fabricant qui revendique l’EN 14846 publie un classement, à lire avec l’année de la norme. Elle ne dit rien, en revanche, du choix entre émission et rupture sur une porte donnée : ce choix relève de l’usage de la porte et des règles d’évacuation vues plus haut. Si vous intervenez régulièrement sur ces équipements et cherchez des interventions en complément de votre activité, les conditions sont détaillées sur la page devenir serrurier partenaire.
Ce qu’il faut retenir
- Une gâche à émission se libère sous tension et reste verrouillée sans courant ; une gâche à rupture reste verrouillée sous tension permanente et se libère à la coupure.
- La sécurité positive protège l’évacuation, pas l’accès : la gâche à rupture laisse la porte libre à chaque coupure et consomme en continu.
- Vérifiez tension, nature du courant et courant disponible : au-delà de la capacité de la platine, passez par un relais à contact sec, NO pour l’émission, NC pour la rupture.
- Sur une porte de dégagement, la sortie doit rester possible de l’intérieur par une manœuvre simple et sans clé, quel que soit l’état du courant.
- Sur une issue de secours d’établissement recevant du public, le verrouillage électrique relève d’un dispositif dédié intégré au système de sécurité incendie, pas d’une gâche de catalogue.
- Sur une serrure A2P ou une porte coupe-feu, la gâche électrique doit être prévue par le document de certification ou de classement.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une gâche à émission et une gâche à rupture ?
Tout tient au comportement sans courant. La gâche à émission est verrouillée au repos et se libère pendant qu’on lui envoie une tension, par exemple depuis l’interphone. La gâche à rupture est alimentée en permanence pour rester verrouillée et se libère dès que le courant est interrompu. La première convient à une porte d’immeuble ordinaire ; la seconde répond à une logique de sécurité positive.
Une gâche à émission s’ouvre-t-elle en cas de coupure de courant ?
Non. Sans tension, elle reste verrouillée et la commande à distance ne fonctionne plus. La sortie reste possible si la serrure s’ouvre de l’intérieur par sa béquille ou son bouton, puisque le pêne recule alors sans solliciter la gâche. C’est pourquoi une gâche à émission associée à une serrure qui exige la clé côté intérieur pose problème sur une porte de dégagement.
Peut-on brancher une gâche électrique directement sur un interphone ?
Oui, si la sortie de commande de la platine fournit la tension et le courant demandés par la gâche, ce qui est le cas courant pour une gâche à émission. Au-delà, ou pour une gâche à rupture ou une ventouse, on passe par un relais à contact sec : Legrand, par exemple, transforme ainsi la sortie de sa platine en contact commun, normalement ouvert et normalement fermé.
Une gâche électrique peut-elle équiper une issue de secours ?
Pas n’importe laquelle. Sur un lieu de travail, toute porte verrouillée doit rester manœuvrable de l’intérieur, simplement et sans clé. En établissement recevant du public, le verrouillage électrique d’une issue de secours relève du règlement de sécurité et des dispositifs visés par la norme NF S 61-937-13. Une gâche de catalogue ne devient pas un dispositif d’issue de secours parce qu’elle fonctionne en rupture.
Sources
- Legrand (fabricant) — Gâche standard à émission de courant 1 temps
- Legrand (fabricant) — Gâche à rupture de courant
- Legrand (fabricant) — Gâche 2 temps
- Legrand (fabricant) — Relais contacts secs NO/NF pour portiers, gâches et ventouses
- AFNOR — NF EN 14846 (novembre 2008), serrures et gâches électromécaniques
- AFNOR — NF S 61-937-13 (décembre 2022), dispositif de verrouillage pour issue de secours
- Code du travail — Article R4227-6 (portes des dégagements)
- INRS — TJ 20, Prévention des incendies sur les lieux de travail (aide-mémoire juridique, 2018)
- CNPP — Annexe au certificat A2P 24.284 (option gâche électrique)
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.