Identifier une serrure : le diagnostic avant devis, de la têtière au cylindre
Identifier une serrure, pour un professionnel, c’est relever avant tout devis ce qui est gravé sur la têtière ou le coffre, le type de pose, les points de fermeture, la sûreté et ses cotes, la main de la porte et l’état de la gâche, puis photographier chaque élément. Ce relevé permet de chiffrer chaque pièce, comme l’exige le devis détaillé, et de commander la bonne référence du premier coup.
Une serrure mal identifiée coûte deux déplacements : celui où l’on constate, et celui où l’on revient avec la bonne pièce. Identifier une serrure n’est pas une affaire de coup d’œil ; c’est une méthode, qui commence au téléphone et se termine par une série de photos rangées dans le dossier du client. Elle conditionne le devis, qui doit chiffrer chaque pièce, et la commande chez le fournisseur, qui ne connaît que des références. Voici l’ordre de relevé que nous recommandons, ce qu’il faut lire sur une têtière et sur un cylindre, la façon de noter le sens d’une porte sans ambiguïté, et les erreurs de diagnostic qui obligent à revenir.
Pourquoi identifier une serrure avant de chiffrer
Chez un particulier, le devis n’est pas une formalité. L’arrêté du 24 janvier 2017, qui vise notamment la serrurerie, impose de remettre au consommateur, avant l’exécution, un devis comportant « le décompte détaillé, en quantité et en prix, de chaque prestation et produit ». Une ligne « fourniture d’une serrure 3 points » sans marque ni référence ne répond pas à cette exigence, et elle ne vous protège pas non plus : si la pièce posée ne correspond pas à ce que le client croyait acheter, rien sur le papier ne tranche. Le contenu exact du document est détaillé dans Mentions obligatoires d’un devis de serrurerie, et le moment où il est dû dans Devis obligatoire en dépannage.
Le diagnostic se fait donc en deux temps :
- à distance, pour qualifier la demande, charger le bon matériel et éviter un premier passage inutile ;
- sur place, pour confirmer chaque élément avant de rédiger le devis.
Le premier temps n’est qu’une hypothèse. Seul le second permet d’écrire une référence sur un devis.
Le diagnostic serrure commence au téléphone
Quelques questions précises avant de partir valent mieux qu’un camion rempli au hasard. Dans l’ordre :
- La porte : bois, métal, aluminium, PVC, porte blindée ; porte palière, porte sur rue, porte de local.
- Le symptôme exact : la clé n’entre plus, entre mais ne tourne pas, tourne dans le vide ; la béquille est folle ; la porte ne ferme plus ; la clé est perdue ; il y a eu effraction.
- Les photos disponibles : face extérieure du cylindre, porte entière, et, si le client est à l’intérieur, le côté intérieur de la serrure et le chant de la porte ouverte.
- La carte de propriété : le client l’a-t-il, et avec quel numéro ? Sans elle, certains doubles ou cylindres s’entrouvrant ne pourront pas être commandés (voir Carte de propriété de clé).
- Qui commande : propriétaire, locataire, syndic, gestionnaire. La personne qui signe le devis doit pouvoir décider des travaux.
- L’assurance : en cas d’effraction ou de clause particulière du contrat, le client doit le dire avant que vous ne proposiez un produit.
Piège fréquent : commander une pièce sur la foi d’une photo envoyée par le client. Une photo prise de biais, sans échelle, ne donne ni l’axe ni la longueur du cylindre. Elle sert à préparer le véhicule, pas à passer commande.
Lire une têtière : marque, gamme, référence
Sur une serrure encastrée, la têtière est la première source d’information, parce qu’elle reste visible porte ouverte sans rien démonter. On y lit, selon les fabricants, la marque, parfois la gamme, et sur les modèles certifiés le logo A2P. Le site d’information du CNPP précise que les serrures certifiées portent leur marquage « sur le point de fermeture ou “pêne”, la clé et le cylindre », avec le logo A2P et le nombre d’étoiles, et qu’une étiquette reprend la classe et les informations de la serrure, de la clé et du cylindre (questions fréquentes A2P).
Pour lire une têtière correctement, distinguez trois niveaux d’information :
- la marque, qui oriente vers un catalogue ;
- la gamme ou la série, qui désigne une famille de serrures ;
- la référence, qui fixe une variante précise : axe, main, nombre et position des points, finition, longueur de têtière.
Deux serrures de la même série peuvent différer par l’axe ou la position d’un point haut. C’est pourquoi le relevé ne s’arrête pas aux gravures : notez la longueur et la largeur de la têtière, la forme de ses extrémités et la position de chaque pêne ou crochet, mesurée depuis un repère fixe comme le sol ou le carré de béquille. Sur une multipoints, relevez aussi les boîtiers secondaires et les gâches correspondantes.
Recopiez ce qui est gravé tel quel, sans compléter de mémoire : un chiffre oublié donne une autre référence. Si la têtière est muette, cherchez sur le coffre d’une applique, sous son capot, sur une étiquette collée sur le chant ou le bâti, dans la notice ou la facture de pose. Une serrure ancienne sans aucun marquage relève souvent d’une autre sûreté que le cylindre, comme l’explique Serrure à gorges et serrure à pompe. Le vocabulaire des cotes (axe, entraxe, fouillot) est rassemblé dans Types de serrures de porte.
Pour vérifier un marquage A2P, la liste officielle des produits certifiés du CNPP se consulte par marque, référence ou numéro de certificat ; la méthode de lecture d’une annexe est détaillée dans notre article sur la norme A2P.
Identifier le cylindre : sûreté, longueur, numéro de clé
Le cylindre se diagnostique séparément de la serrure, parce qu’il se commande séparément. Relevez :
- le type : double entrée, à bouton, demi-cylindre, ou une sûreté d’un autre type ;
- la marque et la gamme, gravées sur la face ou le corps ;
- le numéro de clé, frappé sur la clé ou sur la carte de propriété ;
- les cotes de chaque côté, et l’épaisseur des garnitures.
Pour la longueur, Thirard indique de mesurer « les 2 parties qui se trouvent respectivement à gauche et à droite du trou de vis de fixation », et désigne la longueur sous la forme A × B, A étant le côté intérieur et B le côté extérieur (fiche Thirard). Le même fabricant rappelle d’ajouter l’épaisseur des garnitures et de la plaque de protection à la mesure. Ne transposez pas cette convention à tous les catalogues : l’ordre des cotes varie d’une marque à l’autre. Notez « extérieur : … mm, intérieur : … mm » en toutes lettres, et la question ne se pose plus.
Le numéro de clé décide de ce que vous pouvez proposer. Vachette résume la différence : pour un cylindre non protégé, « toute personne pourra faire un double de clé en possédant seulement le numéro inscrit dessus », alors que pendant la durée du brevet il faut fournir le numéro de la carte de propriété et celui de la clé (page cylindres Vachette). Le même document permet de commander un cylindre que la clé actuelle ouvre.
Sur une serrure certifiée, le cylindre de remplacement doit figurer dans l’annexe du certificat de la serrure ; sinon, l’ensemble perd sa certification. Le classement EN 1303, lui, figure rarement sur le corps : il se cherche dans la documentation, comme l’explique Norme EN 1303. Quant aux longueurs et gammes à garder dans le véhicule, elles sont traitées dans Stock de cylindres du serrurier.
Serrure droite ou gauche : noter des faits, pas un mot
Le mot « droite » est la cause de l’erreur, pas sa solution : selon les fabricants, la même porte peut être désignée droite ou gauche, selon que la référence est prise côté poussant ou côté extérieur. Sur votre fiche de relevé, n’écrivez donc pas la main ; écrivez les faits qui permettent de la retrouver au comptoir :
- le côté depuis lequel vous regardez (extérieur ou intérieur) ;
- le côté des paumelles vu de ce point ;
- le sens d’ouverture, en poussant ou en tirant ;
- une photo de la porte entière prise de ce même côté, paumelles visibles.
Au moment de commander, traduisez ces faits dans la convention du fabricant de la pièce commandée. Notez aussi si la serrure en place est réversible : sur une multipoints, la main concerne le boîtier principal, mais aussi les gâches et parfois les renvois.
Serrure forcée ou simple panne : le relevé avant de toucher
Une porte qui ne ferme plus après une absence n’est pas toujours une panne. Avant toute manipulation, observez le cylindre, la têtière, la gâche, le dormant et le vantail : traces d’outil, pièces déformées, gâche descellée, bâti fendu, jeu anormal du vantail. Vous n’avez pas à déduire la méthode employée ; vous avez à décrire et à photographier l’état dans lequel vous trouvez la porte.
Ce relevé sert d’abord au client. La fiche « Assurance habitation : vol » de Justice.fr, éditée par la Direction de l’information légale et administrative, indique qu’il doit déclarer le vol à son assureur « dans un délai minimal de 2 jours ouvrés après en avoir eu connaissance », et constituer un dossier comprenant notamment des photos des dégâts ; elle ajoute que des devis de remise en état sont utiles. La même fiche cite, parmi les mesures pour éviter un nouveau sinistre, le « placement d’une nouvelle serrure ».
Il sert ensuite au diagnostic : une serrure neuve posée dans une gâche arrachée ou un bâti fendu ne tient rien. Le devis doit alors distinguer la mise en sécurité immédiate de la remise en état complète, chacune avec ses pièces.
L’essentiel : photographiez avant de démonter, et datez vos photos. Après votre passage, l’état d’origine n’existe plus, et c’est souvent votre dossier qui permet au client de justifier les dégâts.
La série de photos à prendre, dans l’ordre
Une série constante, prise dans le même ordre à chaque intervention, évite d’oublier l’angle qui manquera au moment de commander. Incluez un mètre ou une règle dans le cadre dès qu’une cote est en jeu.
| N° | Photo | Ce qu’elle doit montrer | À quoi elle sert |
|---|---|---|---|
| 1 | Porte entière, côté extérieur | Paumelles, sens d’ouverture, protège-cylindre | Main, contexte du devis |
| 2 | Porte entière, côté intérieur | Pose en applique ou encastrée, tringles, verrous additionnels | Type de serrure, accessoires |
| 3 | Cylindre de face | Marque, gamme, dépassement côté extérieur | Identification du cylindre |
| 4 | Cylindre mesuré, règle au droit de la vis | Cote extérieure et cote intérieure | Commande du cylindre |
| 5 | Têtière entière, mètre posé | Longueur, position des pênes et crochets | Référence de la serrure |
| 6 | Gros plan des gravures | Marque, référence, logo A2P et étoiles | Recherche catalogue, annexe CNPP |
| 7 | Gâche et dormant | Type de gâche, fixation, état du bâti | Diagnostic de fermeture, mise en sécurité |
| 8 | Numéro de clé ou de carte | Numéro lisible | Double, cylindre s’entrouvrant |
Piège fréquent : laisser traîner la photo n° 8. Pour un cylindre non protégé, le numéro suffit à faire reproduire une clé. Conservez-la dans le dossier du client, jamais dans une conversation partagée ou une galerie synchronisée sans contrôle.
Les erreurs de diagnostic qui font revenir deux fois
La plupart des retours à vide tiennent à quelques oublis, toujours les mêmes.
| Erreur | Conséquence | Le réflexe |
|---|---|---|
| Cylindre mesuré sans les garnitures | Cylindre trop court, rosace ou plaque qui ne ferme pas | Ajouter l’épaisseur des garnitures à la cote concernée |
| Cotes notées « A × B » sans préciser les côtés | Côté long posé à l’extérieur | Écrire « extérieur » et « intérieur » en toutes lettres |
| Main notée par un mot | Serrure livrée inversée | Noter paumelles, sens d’ouverture et côté d’observation |
| Points comptés à l’œil sur la têtière | Devis d’une 5 points pour une 3 points avec galets | Compter ce qui pénètre dans le dormant |
| Gâche non relevée | Serrure neuve qui ne verrouille pas | Photographier et décrire chaque gâche |
| Cylindre de remplacement hors annexe A2P | Certification perdue pour le client | Vérifier l’annexe avant de commander |
| Carte de propriété non demandée | Double ou cylindre s’entrouvrant impossible à commander | Poser la question au téléphone |
| Épaisseur du vantail non mesurée | Cylindre ou garniture inadaptés | Mesurer le vantail au droit de la serrure |
Le relevé complet ne prend que quelques minutes et vaut pour toutes les entreprises, y compris quand vous intervenez pour un donneur d’ordre : en sous-traitance pour KRONO GROUPE, par exemple, vous établissez le devis au nom de KRONO, sur ses modèles, comme le précise la page du contrat de sous-traitance.
Ce qu’il faut retenir
- Identifier une serrure, c’est relever des références, des cotes et des faits avant le devis, qui doit chiffrer chaque pièce en quantité et en prix.
- Le téléphone sert à préparer l’intervention ; seule la vérification sur place permet d’écrire une référence.
- Sur la têtière, distinguez marque, gamme et référence, et recopiez les gravures sans les compléter de mémoire.
- Le cylindre se mesure de part et d’autre de la vis de fixation, garnitures comprises, avec les côtés écrits en toutes lettres.
- La main se note en faits (paumelles, sens, côté d’observation), puis se traduit dans la convention du fabricant.
- Photographiez avant de toucher, dans un ordre constant, et protégez les numéros de clé.
Questions fréquentes
Où trouver la référence d’une serrure ?
Sur une serrure encastrée, regardez d’abord la têtière, sur le chant du vantail : la marque y est souvent frappée, parfois avec la gamme. Sur une applique, cherchez sur le coffre et sous le capot. Les étiquettes collées à l’intérieur de la porte ou sur le bâti, la notice et la facture de pose complètent le relevé. Notez tout ce qui est gravé, tel quel, sans compléter de mémoire.
Comment mesurer un cylindre de serrure ?
On mesure de part et d’autre de l’axe de la vis de fixation, chaque côté séparément, et non la longueur totale. Thirard désigne la cote intérieure par A et la cote extérieure par B, mais d’autres catalogues inversent l’ordre : écrivez « extérieur » et « intérieur » en toutes lettres. Ajoutez l’épaisseur des garnitures et de la plaque de protection éventuelle.
Comment savoir si une serrure a été forcée ?
Observez le cylindre, la têtière, la gâche et le dormant : traces d’outil, pièces déformées, gâche descellée, bâti fendu. Ne tirez pas de conclusion sur la méthode employée, ce n’est pas votre rôle. Photographiez tout avant d’intervenir : le client doit déclarer le vol à son assureur et constituer un dossier avec photos des dégâts et devis de remise en état.
Faut-il démonter la serrure pour établir le devis ?
Pas forcément. Une serrure en applique ou une têtière lisible suffit souvent à identifier la gamme. Quand la référence reste incertaine, le démontage du cylindre ou du coffre devient une prestation à part entière, qui doit figurer sur le devis remis avant l’exécution. Le client sait alors ce qu’il paie avant que vous ne commenciez, et le second devis s’appuie sur une référence exacte.
Sources
- Arrêté du 24 janvier 2017 relatif à la publicité des prix des prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le secteur du bâtiment et de l’équipement de la maison — Légifrance
- Thirard (fabricant) — Changement d’un cylindre : prise des cotes
- Vachette (fabricant) — Cylindres : carte de propriété et numéro de clé
- A2P Certification (site du CNPP) — Questions fréquentes : marquage des serrures certifiées
- CNPP — Liste des produits certifiés
- Justice.fr (DILA) — Assurance habitation : vol, conditions de prise en charge
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.