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Quel statut pour un artisan serrurier ? Micro, EI, EURL ou SASU selon votre activité

Quel statut pour un artisan serrurier ? Seul, au démarrage, avec peu d’achats de pièces : la micro-entreprise. Dès que les cylindres, les blocs-portes et le véhicule pèsent lourd : l’entreprise individuelle au réel, ou une EURL. La SASU se justifie quand vous voulez arbitrer entre salaire et dividendes, ou préparer l’arrivée d’un associé. Le bon choix dépend de vos charges réelles, pas de la popularité d’un statut.

Quel statut pour un artisan serrurier ? La question revient chez tous ceux qui s’installent, et la plupart des comparatifs y répondent pour « l’artisan » en général, comme si un coiffeur et un serrurier dépanneur avaient les mêmes charges. Ce n’est pas le cas. Un serrurier achète des cylindres, des serrures, parfois des blocs-portes ; il roule tous les jours ; il travaille pour des particuliers qui paient la TVA et pour des donneurs d’ordre qui la récupèrent. Ces trois réalités décident du statut bien plus que la mode du moment. Cette page part de votre activité, pose les quatre formes possibles côte à côte, et les applique à trois profils de serruriers.

Les quatre statuts possibles pour un serrurier

Un serrurier qui s’installe seul a le choix entre quatre formes. Deux sont des entreprises individuelles, deux sont des sociétés unipersonnelles.

  • La micro-entreprise n’est pas une forme juridique à part : c’est une entreprise individuelle soumise à un régime fiscal et social simplifié. Les cotisations se calculent sur le chiffre d’affaires encaissé, 21,2 % pour les prestations de services artisanales en 2026 (service public), et le bénéfice imposable est obtenu par un abattement forfaitaire de 50 % (service public).
  • L’entreprise individuelle au réel garde la même personne juridique mais calcule son bénéfice à partir de ses recettes et de ses dépenses réelles. Le dirigeant est travailleur indépendant ; ses cotisations portent sur le bénéfice.
  • L’EURL est une société à associé unique. Imposée par défaut à l’impôt sur le revenu, elle peut opter pour l’impôt sur les sociétés ; son gérant associé unique est travailleur non salarié et doit des cotisations minimales même sans revenu (service public).
  • La SASU est une société par actions à associé unique, imposée par défaut à l’impôt sur les sociétés. Son président est assimilé salarié lorsqu’il est rémunéré ; les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales, mais n’ouvrent aucun droit à l’assurance chômage (service public).

Depuis la loi du 14 février 2022, entrée en vigueur trois mois après sa publication, l’entrepreneur individuel ne répond de ses dettes professionnelles que sur son patrimoine professionnel, sauf s’il renonce à cette protection au profit d’un créancier. La même loi a fermé la création de nouvelles EIRL. L’argument « la société protège ma maison » a donc perdu une bonne partie de sa force.

Tableau comparatif : micro, EI au réel, EURL, SASU

Critère Micro-entreprise EI au réel EURL SASU
Coût de l’immatriculation (activité artisanale, 2026) Gratuit 45 euros 33,83 euros + 19,33 euros + annonce légale 33,83 euros + 19,33 euros + annonce légale
Plafond de chiffre d’affaires 83 600 euros de prestations de services Aucun Aucun Aucun
Base des cotisations Chiffre d’affaires Bénéfice Bénéfice à l’IR, rémunération du gérant à l’IS Salaire du président
Statut social du dirigeant Travailleur indépendant Travailleur indépendant Travailleur non salarié Assimilé salarié
Charges réelles déductibles Non : abattement forfaitaire de 50 % Oui Oui Oui
Impôt Impôt sur le revenu, ou versement libératoire Impôt sur le revenu, option IS possible IR par défaut, option IS IS par défaut (15 % jusqu’à 42 500 euros de bénéfice, sous conditions, puis 25 %)
Comptabilité Livre des recettes, registre des achats Complète Complète, comptes annuels Complète, comptes annuels

Sources du tableau : fiches du service public sur l’immatriculation d’une entreprise individuelle, d’une société, l’EURL et la SASU. L’option pour l’impôt sur les sociétés de l’entrepreneur individuel est prévue par l’article 1655 sexies du CGI, qui l’exclut pour la micro-entreprise et la rend irrévocable, sauf renonciation dans les conditions prévues par la loi.

Le piège : comparer les taux de cotisations entre eux. En micro, 21,2 % s’appliquent au chiffre d’affaires ; en EI au réel ou en EURL, les cotisations portent sur un bénéfice, une fois les pièces, le véhicule et l’outillage déduits. Un taux plus élevé sur une base plus petite peut coûter moins cher. Comparez des montants en euros, sur votre propre prévisionnel.

Statut serrurier : l’arbre de décision en cinq questions

Prenez les questions dans l’ordre ; la première réponse décisive arrête le parcours.

  1. Votre chiffre d’affaires de prestations dépassera-t-il 83 600 euros dès les premières années ? Si oui, la micro-entreprise est hors jeu : choisissez entre EI au réel, EURL et SASU.
  2. Vos charges réelles dépasseront-elles la moitié de votre chiffre d’affaires ? Pièces fournies, carburant, assurance, amortissement du véhicule et de l’outillage : au-delà de 50 %, l’abattement forfaitaire de la micro vous fait payer de l’impôt sur un bénéfice que vous n’avez pas. Passez au réel.
  3. Travaillerez-vous surtout pour des clients qui récupèrent la TVA ? Syndics, bailleurs et donneurs d’ordre assujettis ne sont pas pénalisés par une facture avec TVA, et vous récupérez la TVA de vos achats. Ce critère porte sur le régime de TVA, pas sur la forme juridique, mais il pousse souvent vers le réel.
  4. Voulez-vous arbitrer entre salaire et dividendes, ou accueillir un associé ? C’est le terrain de la société : SASU pour la souplesse et le régime général, EURL pour des cotisations de travailleur non salarié.
  5. Aucune de ces raisons ne s’applique ? Restez simple : micro-entreprise au démarrage, avec un prévisionnel que vous comparez chaque année au réel.

Le détail des plafonds, du versement libératoire et des cas de sortie du régime est dans serrurier auto-entrepreneur.

Micro-entreprise ou SASU : le faux duel

Les comparatifs en ligne opposent souvent ces deux formes, parce que ce sont les plus recherchées. Pour un serrurier qui démarre, elles ne répondent pas au même besoin.

La micro-entreprise vous donne une mise en route immédiate : immatriculation gratuite pour une activité artisanale, cotisations qui suivent le chiffre d’affaires, et rien à payer quand rien n’est encaissé. Sa limite est mécanique : tout ce que vous achetez pour travailler reste à votre charge sans réduire vos cotisations. Pour un dépanneur qui pose surtout de la main-d’œuvre, ce n’est pas grave. Pour un serrurier qui remplace des cylindres de haute sécurité et des serrures multipoints, la part des pièces dans le chiffre d’affaires change le calcul.

La SASU vous donne la souplesse : pas de cotisations tant que le président ne se rémunère pas, dividendes sans cotisations sociales, statut d’assimilé salarié quand il se verse un salaire. Le service public rappelle que cette protection se paie : à rémunération égale, les cotisations du président de SAS sont plus élevées que celles d’un gérant majoritaire de SARL (service public). Et un président qui ne se verse aucun salaire ne cotise pas, donc ne s’ouvre pas de droits à la retraite par son activité.

À retenir : la SASU ne fait pas baisser les prélèvements d’un serrurier qui démarre ; elle les déplace. Elle se justifie avec un bénéfice établi, un projet d’associé ou d’embauche, pas comme statut d’essai.

EI ou EURL quand on est artisan au réel

Une fois sorti de la micro, la question devient : entreprise individuelle au réel ou EURL ? Depuis 2022, les deux formes se sont rapprochées. L’entrepreneur individuel bénéficie de la séparation des patrimoines et peut opter pour l’impôt sur les sociétés, comme une EURL. Dans les deux cas, le dirigeant cotise comme travailleur indépendant.

Les différences qui restent :

  • le coût et le formalisme : l’EI artisanale s’immatricule pour 45 euros, sans statuts ni annonce légale ; l’EURL demande des statuts, un dépôt de capital, une annonce légale et des comptes annuels déposés ;
  • l’évolution : l’EURL devient une SARL classique par simple entrée d’un associé, ce que l’EI ne permet pas ;
  • la crédibilité perçue : certains donneurs d’ordre et certaines banques restent plus à l’aise avec une société. C’est un usage, pas une règle.

Pour la plupart des serruriers seuls qui quittent la micro, l’EI au réel suffit. L’EURL devient pertinente si un associé est en vue, ou si vous souhaitez dès le départ une structure distincte de votre personne.

Trois serruriers, trois statuts

Ces trois cas illustrent la méthode ; ils ne remplacent pas un prévisionnel chiffré avec votre expert-comptable.

Profil Activité Statut cohérent Pourquoi
Reconverti, première année Dépannage en sous-traitance, pièces remboursées par le donneur d’ordre Micro-entreprise Peu d’achats à sa charge, chiffre d’affaires incertain, aucune envie de comptabilité complète
Serrurier installé depuis plusieurs années Clientèle directe, pose de cylindres A2P et de serrures multipoints, achats importants EI au réel, redevable de la TVA Charges réelles au-dessus de l’abattement, TVA des achats récupérable
Gérant qui recrute Dépannage et pose avec un salarié, projet d’associé SASU ou EURL à l’IS Rémunération à arbitrer, structure prête à accueillir un associé

Le revenu qui reste réellement après cotisations, impôt et frais, pour chacun de ces profils, est traité dans combien gagne un serrurier indépendant. Le parcours complet de l’installation, du statut aux premiers clients, est dans devenir serrurier indépendant.

Le statut face à la sous-traitance et au donneur d’ordre

Un donneur d’ordre ne vous demande pas une forme juridique ; il vous demande d’être immatriculé, à jour de vos cotisations et assuré. Le statut joue en revanche sur trois points concrets :

  1. la facture : en franchise de TVA, vous facturez hors TVA avec la mention de l’article 293 B ; redevable de la TVA et sous-traitant d’une entreprise assujettie pour des travaux immobiliers, vous appliquez l’autoliquidation, détaillée dans l’autoliquidation de la TVA en sous-traitance ;
  2. l’attestation de vigilance : quel que soit le statut, elle vous sera réclamée pour tout contrat d’au moins 5 000 euros HT, voir l’attestation de vigilance du sous-traitant ;
  3. le modèle de contrat accessible : certains contrats sont réservés à un régime fiscal donné.

C’est le cas chez KRONO : la sous-traitance est ouverte à tous les professionnels immatriculés, micro-entrepreneurs compris, avec ou sans TVA, tandis que l’apport d’affaires est réservé aux entreprises au régime réel d’imposition, redevables de la TVA, parce qu’un micro-entrepreneur paierait ses cotisations sur tout ce qu’il encaisse, commission comprise.

Changer de statut en cours de route

Le choix initial n’est pas définitif, mais chaque changement a un coût. Deux situations se présentent.

Sortir de la micro-entreprise. Elle prend fin d’elle-même si vous dépassez le plafond deux années civiles consécutives, ou sur votre décision, en optant pour le réel. Vous restez la même entreprise individuelle, avec le même SIREN ; ce qui change, c’est la comptabilité et le calcul des cotisations.

Passer en société. Le service public décrit deux voies : apporter votre patrimoine professionnel à la société que vous créez, en recevant des parts, ou le lui vendre (service public). La société est une nouvelle personne, avec un nouveau SIREN : nouveaux contrats d’assurance, nouveaux comptes, nouveaux documents à remettre à vos donneurs d’ordre. Prévoyez-le à une date calme, jamais en pleine saison.

Ce qu’il faut retenir

  • Le statut d’un serrurier se choisit d’abord sur le poids de ses achats et de son véhicule : en micro, aucune charge réelle ne se déduit.
  • La micro-entreprise convient au démarrage seul, sous 83 600 euros de prestations, avec peu de pièces à sa charge.
  • Depuis 2022, l’entrepreneur individuel protège son patrimoine personnel et peut opter pour l’impôt sur les sociétés : l’EI au réel suffit à la plupart des serruriers qui quittent la micro.
  • La SASU se justifie avec un bénéfice établi, un associé ou une embauche en vue ; à rémunération égale, elle coûte plus en cotisations.
  • Statut juridique et régime de TVA sont deux choix distincts : comparez toujours des montants en euros sur votre propre prévisionnel.

Questions fréquentes

Quel est le meilleur statut pour un artisan seul ?

Il n’existe pas de meilleur statut dans l’absolu. Pour un artisan seul qui démarre, la micro-entreprise est la plus simple : cotisations proportionnelles au chiffre d’affaires, comptabilité allégée, aucun frais d’immatriculation pour une activité artisanale. Elle devient coûteuse quand les charges réelles, pièces, véhicule et outillage, dépassent l’abattement forfaitaire de 50 %. L’entreprise individuelle au réel ou l’EURL prennent alors le relais.

Micro-entreprise ou SASU pour un serrurier qui démarre ?

La micro-entreprise, dans la plupart des cas. La SASU demande des statuts, un dépôt de capital, une annonce légale et une comptabilité complète tenue chaque année, souvent avec un expert-comptable. Son intérêt, la rémunération en dividendes et la protection sociale du régime général quand le président se verse un salaire, ne joue réellement qu’avec un bénéfice déjà établi. Démarrer en micro puis passer en société reste possible.

Peut-on passer de la micro-entreprise à une société ?

Oui. Le service public décrit deux voies : apporter le patrimoine professionnel de votre entreprise individuelle à la société que vous créez, en recevant des parts en échange, ou le lui vendre. Le changement s’anticipe : il suppose de nouveaux contrats d’assurance, un nouveau numéro SIREN pour la société et la mise à jour de vos documents commerciaux auprès de vos clients et donneurs d’ordre.

Un serrurier en entreprise individuelle risque-t-il sa maison ?

Moins qu’avant 2022. Depuis la loi du 14 février 2022, entrée en vigueur le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel ne répond de ses dettes professionnelles que sur son patrimoine professionnel, sauf renonciation de sa part au profit d’un créancier, souvent une banque. La séparation a des limites : la loi prévoit des cas, notamment pour certaines dettes fiscales et sociales, où le patrimoine personnel reste exposé.

Quel statut pour travailler en sous-traitance ?

Tous les statuts le permettent, micro-entreprise comprise : la sous-traitance ne dépend pas de la forme juridique mais de l’immatriculation, des attestations de vigilance et des assurances. Le statut joue en revanche sur la facture : en franchise de TVA, vous facturez sans TVA ; redevable de la TVA et sous-traitant d’une entreprise assujettie pour des travaux immobiliers, vous facturez en autoliquidation.

Sources

Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.

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