Combien gagne un serrurier à son compte ? Du chiffre d’affaires au revenu, trois cas chiffrés
Ce que gagne un serrurier à son compte n’est pas son chiffre d’affaires : il faut en retirer les pièces, le véhicule, l’outillage, les assurances, puis les cotisations et l’impôt. En micro-entreprise, les seules cotisations et taxes prennent près de 22 % de chaque euro HT encaissé. Selon nos trois profils d’hypothèse, il reste entre un tiers et deux cinquièmes du chiffre d’affaires avant impôt.
Combien gagne un serrurier à son compte ? La question revient chez tous ceux qui hésitent à quitter un poste salarié, et les réponses trouvées en ligne ont un défaut commun : elles annoncent un montant mensuel sans dire d’où il vient. Nous n’avons trouvé aucune statistique publique qui isole le revenu des serruriers à leur compte, et un chiffre d’affaires ne dit rien du revenu tant qu’on n’en a pas retiré les pièces, le véhicule, les assurances, les cotisations et l’impôt. Cette page fait donc l’inverse : elle part du chiffre d’affaires et descend, ligne par ligne, jusqu’au revenu, sur trois profils de serruriers. Tous les montants de ces profils sont des hypothèses de calcul, en euros HT : ce ne sont ni des moyennes du métier, ni des revenus qu’une installation permettrait d’atteindre.
Combien gagne un serrurier à son compte : la réponse courte
Le revenu d’un serrurier indépendant tient en une soustraction :
revenu avant impôt = chiffre d’affaires HT − achats de pièces − frais professionnels − cotisations et taxes
Puis vient l’impôt sur le revenu, qui dépend du régime fiscal et du foyer. Sur nos trois profils, le revenu avant impôt représente entre 35 % et 40 % du chiffre d’affaires HT. Ce ratio n’a rien d’une règle : il suffit d’un utilitaire neuf financé à crédit, ou d’une zone d’intervention trop étendue, pour qu’il baisse nettement.
L’essentiel : un chiffre d’affaires de 70 000 euros HT ne fait pas un revenu de 5 800 euros par mois. Sur notre profil de serrurier en micro-entreprise à ce niveau d’activité, il reste environ 2 300 euros par mois avant impôt.
Du chiffre d’affaires au revenu : les cinq prélèvements
1. Les pièces revendues
Cylindres, serrures, gâches, barillets : chaque pièce posée a été achetée. Elle entre dans votre chiffre d’affaires au prix de vente et sort de votre trésorerie au prix d’achat. Seule la différence vous reste.
2. Le véhicule
C’est la plus grosse charge d’un dépanneur : amortissement ou loyer, carburant, entretien, pneus, assurance, stationnement. Un serrurier qui roule en ville toute la journée use un utilitaire bien plus vite qu’un artisan de chantier.
3. Les autres frais professionnels
Outillage et consommables, responsabilité civile professionnelle, téléphone, logiciel de devis, banque, comptabilité, acquisition de clients. Pris un par un, ils semblent modestes ; additionnés, ils pèsent souvent autant qu’un mois de revenu.
4. Les cotisations et taxes
En micro-entreprise, elles portent sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice. Pour des prestations de services artisanales relevant des BIC, en 2026 : 21,2 % de cotisations sociales (entreprendre.service-public.gouv.fr), 0,3 % de contribution à la formation professionnelle (F23459) et 0,48 % de taxe pour frais de chambre de métiers, hors Alsace-Moselle, au-delà de 5 000 euros de chiffre d’affaires (F37483). Soit 21,98 % au total. Au régime réel, les cotisations portent sur le bénéfice, avec un taux global qui varie selon le niveau de revenu.
5. L’impôt sur le revenu
En micro-entreprise, l’impôt se calcule sur le chiffre d’affaires diminué d’un abattement forfaitaire de 50 % pour les prestations de services BIC, ou, sur option, par un versement libératoire de 1,7 % du chiffre d’affaires, réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence de l’avant-dernière année ne dépasse pas 29 579 euros pour une personne seule (régime fiscal de la micro-entreprise). Au réel, le bénéfice s’ajoute aux autres revenus du foyer.
Le piège du micro-entrepreneur : l’abattement de 50 % est une règle fiscale, pas une estimation de vos charges. Il ne réduit pas vos cotisations, qui restent calculées sur la totalité du chiffre d’affaires, pièces comprises.
Trois profils hypothétiques de serruriers indépendants
Les trois profils qui suivent sont construits pour l’exemple. Ils ne décrivent pas des serruriers réels et ne prétendent pas représenter le métier.
Profil A : micro-entrepreneur la première année, en franchise de TVA
Il démarre seul, avec un utilitaire d’occasion, et réalise 30 000 euros de chiffre d’affaires. Il reste sous le seuil de 37 500 euros de la franchise en base de TVA : il ne facture pas de TVA, mais il ne la récupère pas non plus sur ses achats. Ses charges se comptent donc TVA comprise, ce que beaucoup de créateurs oublient.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires | 30 000 |
| Pièces achetées, TVA non récupérable | − 4 000 |
| Véhicule : amortissement, carburant, entretien, assurance | − 6 000 |
| Outillage, RC professionnelle, téléphone, banque, divers | − 3 000 |
| Cotisations, formation et chambre (21,98 %) | − 6 594 |
| Revenu avant impôt | 10 406 |
| Soit par mois, sur douze mois | 867 |
S’il a obtenu l’ACRE pour une création à compter du 1er juillet 2026, son taux de cotisations sociales tombe de 21,2 % à 15,9 % pendant les premiers trimestres, ce qui lui laisse jusqu’à 1 590 euros de plus si la réduction couvre ses douze premiers mois. Le détail est dans notre article sur l’ACRE et l’ARCE en 2026.
Profil B : micro-entrepreneur installé, qui facture la TVA
Deux ou trois ans après son installation, il a une clientèle régulière et réalise 70 000 euros de chiffre d’affaires HT. Il a dépassé les seuils de la franchise : il facture la TVA à ses clients et déduit celle de ses achats. Ses charges se lisent donc en HT. Il reste sous le plafond de 83 600 euros du régime micro pour les prestations de services.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires HT | 70 000 |
| Pièces achetées | − 10 000 |
| Véhicule | − 9 000 |
| Outillage et renouvellement | − 2 000 |
| RC professionnelle, téléphone, logiciel, banque, comptabilité | − 3 700 |
| Acquisition de clients : site, annuaires, signalétique | − 2 300 |
| Cotisations, formation et chambre (21,98 %) | − 15 386 |
| Revenu avant impôt | 27 614 |
| Soit par mois | 2 301 |
| Versement libératoire éventuel (1,7 %) | − 1 190 |
Ce profil montre la limite du régime micro : les 10 000 euros de pièces supportent 2 198 euros de cotisations et taxes alors qu’ils ne laissent aucun revenu. Plus un serrurier pose de matériel, plus le régime réel mérite d’être étudié. Le comparatif des statuts figure dans quel statut pour un artisan serrurier.
Profil C : entrepreneur individuel au régime réel
Il a dépassé le plafond micro deux années de suite et relève désormais du régime réel. Il réalise 110 000 euros de chiffre d’affaires HT, pose davantage de matériel et finance un utilitaire plus récent. Ses cotisations se calculent sur son bénéfice. Faute de barème simple à reproduire ici, nous les posons à 26 000 euros, soit 40 % du résultat avant cotisations : c’est une hypothèse d’ordre de grandeur à remplacer par le chiffre du simulateur de l’Urssaf ou de votre expert-comptable.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires HT | 110 000 |
| Pièces achetées | − 18 000 |
| Véhicule | − 11 000 |
| Outillage, assurances, comptabilité, logiciel, téléphone | − 9 000 |
| Acquisition de clients et frais divers | − 7 000 |
| Résultat avant cotisations | 65 000 |
| Cotisations sociales (hypothèse) | − 26 000 |
| Revenu avant impôt | 39 000 |
| Soit par mois | 3 250 |
Au réel, l’impôt dépend du foyer fiscal : nous ne le chiffrons pas. Le niveau d’activité de ce profil suppose une organisation rodée, que l’on retrouve rarement la première année.
Le salaire du serrurier auto-entrepreneur en un tableau
| Profil A | Profil B | Profil C | |
|---|---|---|---|
| Statut | Micro, franchise de TVA | Micro, TVA facturée | Entreprise individuelle au réel |
| Chiffre d’affaires HT | 30 000 | 70 000 | 110 000 |
| Charges professionnelles | 13 000 | 27 000 | 45 000 |
| Cotisations et taxes | 6 594 | 15 386 | 26 000 (hypothèse) |
| Revenu avant impôt, par an | 10 406 | 27 614 | 39 000 |
| Revenu avant impôt, par mois | 867 | 2 301 | 3 250 |
| Part du chiffre d’affaires | 35 % | 39 % | 35 % |
Le profil C gagne plus en valeur absolue, mais pas en proportion : à l’échelle d’un indépendant, le revenu suit d’abord le volume d’interventions, pas le statut.
Chiffre d’affaires d’un serrurier : ce qui le fait varier
Le chiffre d’affaires n’est que le produit de deux nombres : les interventions facturées et leur montant moyen. Supposons, par hypothèse, un montant moyen de 150 euros HT par intervention, pièces comprises, et 44 semaines travaillées dans l’année.
| Profil | Interventions par an | Par semaine travaillée |
|---|---|---|
| A — 30 000 euros | 200 | 4,5 |
| B — 70 000 euros | 467 | 10,6 |
| C — 110 000 euros | 733 | 16,7 |
Entre le profil A et le profil B, le métier est le même ; ce qui change, c’est le remplissage du planning. Cinq facteurs le gouvernent :
- La source des demandes : clientèle directe, syndics, bailleurs, donneurs d’ordre. Une seule source rend l’activité fragile.
- Le rayon d’intervention : chaque kilomètre de plus coûte du carburant et des interventions perdues.
- Le taux de devis acceptés : un déplacement suivi d’un refus rapporte au mieux le seul déplacement.
- Les créneaux de nuit et de week-end, mieux rémunérés mais plus usants, et à annoncer au client avant l’intervention.
- Le stock dans le véhicule : un cylindre disponible sur place évite un second passage non facturable.
Pour transformer ces volumes en prix, la méthode est détaillée dans notre article sur le calcul du taux horaire du serrurier.
Salaire serrurier indépendant ou salarié : comparer ce qui est comparable
Un revenu d’indépendant et un salaire net ne se comparent pas directement. Avec un revenu de 2 300 euros par mois, le serrurier du profil B finance lui-même ses congés, ses jours de maladie non couverts, son outillage, et il ne cotise pas à l’assurance chômage. À l’inverse, il choisit ses horaires, ses clients et le rythme de son développement.
Trois questions à vous poser avant de comparer avec votre fiche de paie :
- Combien de semaines de congés votre revenu doit-il financer ? Le salarié en a cinq payées ; l’indépendant n’en a aucune.
- Que se passe-t-il si vous êtes arrêté un mois ? Le chiffre d’affaires s’arrête, les charges du véhicule continuent.
- Votre revenu couvre-t-il le renouvellement du véhicule ? Si l’amortissement n’apparaît pas dans votre calcul, votre revenu est surestimé.
Pour les rémunérations des serruriers salariés, voyez notre article sur le salaire du serrurier.
Lire une rémunération en sous-traitance
En sous-traitance, vous ne fixez pas le prix payé par le client final : vous êtes rémunéré par une part de l’intervention. Le raisonnement reste le même, mais certaines lignes disparaissent ou changent de nature, comme les frais d’acquisition de clients ou le coût des pièces lorsqu’elles sont remboursées. Pour le contrat de sous-traitance de KRONO, la règle publiée est la suivante : « Vous touchez environ 40 % de l’intervention HT, et vos pièces vous sont remboursées. » Reportez cette part dans le tableau de votre profil, avec vos propres charges, avant de conclure.
Pour bâtir ces chiffres avant de vous installer, avec investissements de départ et point mort, utilisez notre méthode de business plan de serrurerie.
Ce qu’il faut retenir
- Aucune statistique publique que nous ayons trouvée n’isole le revenu d’un serrurier à son compte : méfiez-vous des montants affichés sans calcul.
- Du chiffre d’affaires, il faut retirer les pièces, le véhicule, les autres frais, puis les cotisations et l’impôt ; sur nos profils d’hypothèse, il reste de 35 % à 40 % avant impôt.
- En micro-entreprise, 21,98 % de chaque euro HT encaissé part en cotisations, formation et taxe de chambre, pièces revendues comprises.
- En franchise de TVA, les charges se paient TVA comprise : un point souvent oublié dans les prévisionnels de première année.
- Le revenu dépend d’abord du nombre d’interventions facturées par semaine, c’est-à-dire du remplissage du planning.
Questions fréquentes
Combien gagne un serrurier indépendant par mois ?
Nous n’avons trouvé aucune statistique publique qui isole les serruriers à leur compte, et toute moyenne cacherait des écarts considérables. Le revenu dépend du nombre d’interventions facturées, du statut et des charges, véhicule en tête. Sur nos trois profils d’hypothèse, le revenu avant impôt va d’environ 870 à 3 250 euros par mois. Refaites le calcul avec vos propres chiffres.
Quelles cotisations paie un serrurier auto-entrepreneur ?
En 2026, un serrurier en micro-entreprise qui réalise des prestations de services artisanales paie 21,2 % de son chiffre d’affaires en cotisations sociales, 0,3 % de contribution à la formation professionnelle et 0,48 % de taxe pour frais de chambre de métiers au-delà de 5 000 euros de chiffre d’affaires. Ces pourcentages portent sur tout ce qu’il encaisse, pièces revendues comprises.
Quel chiffre d’affaires maximum pour un serrurier en micro-entreprise ?
Le seuil applicable aux prestations de services est de 83 600 euros de chiffre d’affaires annuel pour 2026. Le régime micro ne cesse que si ce seuil est dépassé deux années consécutives. La franchise en base de TVA s’arrête bien plus tôt : un dépassement de 37 500 euros sur une année la fait perdre au 1er janvier suivant ; un dépassement de 41 250 euros en cours d’année, dès le jour du dépassement.
Un serrurier gagne-t-il mieux sa vie à son compte que salarié ?
Pas mécaniquement. Le revenu d’un indépendant doit payer ce qu’un employeur finance pour le salarié : congés, outillage, véhicule, assurances, périodes sans activité. À montant égal, un revenu d’indépendant vaut donc moins qu’un salaire net. L’écart se renverse quand le planning est plein et les charges maîtrisées, ce qui suppose une clientèle régulière.
Sources
- Cotisations sociales du micro-entrepreneur — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifié le 1er janvier 2026)
- Contribution à la formation professionnelle des travailleurs indépendants — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Taxes pour frais de chambre consulaire du micro-entrepreneur — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifié le 24 décembre 2025)
- Régime fiscal de la micro-entreprise — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifié le 13 mai 2026)
- Franchise en base de TVA — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) — entreprendre.service-public.gouv.fr
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.