Calcul du taux horaire artisan : la méthode chiffrée du serrurier dépanneur
Le calcul du taux horaire d’un artisan serrurier part de ce que l’année doit payer : votre rémunération, vos charges, vos cotisations et une réserve. Ce total se divise par les seules heures réellement facturées, et non par les heures travaillées : en dépannage, trajets, devis refusés et approvisionnement n’en font pas partie. Le forfait de déplacement, s’il existe, allège ensuite le taux horaire.
Le calcul du taux horaire d’un artisan ne commence pas par le prix du voisin, mais par une question : combien votre année doit-elle rapporter, et sur combien d’heures pouvez-vous réellement le facturer ? Pour un serrurier dépanneur, la seconde moitié de la question pèse plus lourd que la première. Une journée de dix heures hors de chez soi peut ne contenir que quatre heures de main-d’œuvre facturée : le reste part en trajets, en attente devant un immeuble, en devis refusés et en passages au comptoir du grossiste. Voici la méthode, étape par étape, puis un exemple entièrement chiffré en HT. Chaque montant de l’exemple est une hypothèse à remplacer par les vôtres : ce n’est ni un prix de marché ni une recommandation tarifaire.
Comment calculer son taux horaire : la formule en une ligne
Le principe tient en une division :
taux horaire HT = (rémunération visée + charges annuelles + réserve + cotisations) ÷ heures facturables
Tout le travail consiste à remplir honnêtement chaque terme. Les erreurs classiques sont connues : oublier une charge qui ne tombe qu’une fois par an (assurance, renouvellement d’outillage), compter les cotisations sur le mauvais montant, et surtout diviser par les heures travaillées au lieu des heures facturées.
La méthode se déroule en sept étapes :
- Fixer la rémunération annuelle visée, avant impôt sur le revenu.
- Recenser les charges professionnelles de l’année, amortissements compris.
- Ajouter une réserve pour les aléas : impayés, panne du véhicule, mois creux.
- Calculer les cotisations sociales selon votre statut.
- Compter les heures réellement facturables.
- Diviser, pour obtenir le prix de revient de l’heure facturée, réserve incluse.
- Répartir ce besoin entre le taux horaire et le forfait de déplacement, puis préparer l’affichage destiné aux particuliers.
L’essentiel : le taux horaire n’est pas un salaire horaire. Il doit payer, en plus de vous, le véhicule qui vous amène, l’outillage qui ouvre, l’assurance qui vous couvre et les heures qui ne se facturent pas.
Heures facturables réelles : le chiffre qui décide de tout
Du calendrier aux jours travaillés
Une année compte 52 semaines, soit 260 jours du lundi au vendredi. Le code du travail énumère onze fêtes légales (article L3133-1) ; un indépendant n’y est pas tenu, mais vos clients professionnels ferment ces jours-là et vous voudrez souffler. Retirez ensuite vos congés et une provision pour la maladie, la formation et les démarches administratives.
Des jours travaillés aux heures facturées
C’est ici que le dépannage se distingue du chantier. Un poseur de menuiseries passe la journée sur un même site ; un serrurier dépanneur enchaîne les adresses. Le temps qui ne se facture pas au taux horaire comprend :
- les trajets entre deux interventions, que le forfait de déplacement ne couvre qu’en partie ;
- l’attente : client absent, gardien introuvable, accès au parking ;
- les déplacements suivis d’un devis refusé, payés au mieux au seul forfait ;
- l’administratif : devis, factures, relances, comptabilité, téléphone ;
- l’approvisionnement en cylindres et en pièces, l’entretien du véhicule et de l’outillage.
Aucune statistique officielle ne donne la part facturable d’une journée de dépannage. Mesurez la vôtre pendant quatre à huit semaines : un carnet ou une note sur le téléphone suffit, à condition de tout noter, y compris les appels pris au volant. Ce ratio vaut plus que n’importe quel taux trouvé en ligne.
L’hypothèse de l’exemple
| Poste | Hypothèse |
|---|---|
| Jours du lundi au vendredi | 260 |
| Congés | − 25 jours (5 semaines) |
| Fêtes légales tombant en semaine | − 8 jours |
| Maladie, formation, démarches | − 7 jours |
| Jours travaillés | 220 |
| Heures de présence par jour | 8 h |
| Dont main-d’œuvre facturée sur place | 4 h |
| Heures facturables dans l’année | 880 h |
Quatre heures facturées sur huit : l’hypothèse est volontairement prudente. Si votre relevé montre mieux, tant mieux ; s’il montre moins, c’est votre organisation qu’il faut regarder avant votre tarif.
Prix de revient de l’heure : véhicule, outillage et charges fixes
Amortir le véhicule et l’outillage
Un utilitaire ou une valise d’ouverture ne sont pas des dépenses de l’année d’achat : ils s’usent sur plusieurs années, et votre taux horaire doit en financer le remplacement. L’administration fiscale publie, « à titre purement indicatif », les taux d’amortissement les plus couramment pratiqués : 20 à 25 % par an pour le matériel de transport automobile, 10 à 20 % pour l’outillage, soit une durée de quatre à cinq ans pour l’un et de cinq à dix ans pour l’autre (BOI-BIC-AMT-10-40-30). L’entreprise fixe elle-même la durée d’usage, en tenant compte de ses conditions d’exploitation : un véhicule qui roule tous les jours en ville s’use plus vite qu’un véhicule de chantier.
Même en micro-entreprise, où l’on ne déduit aucune charge réelle de son revenu imposable (impots.gouv.fr), ce raisonnement reste indispensable pour fixer un prix : la fiscalité ignore vos charges, votre trésorerie non.
Les charges de l’exemple
| Charge annuelle, HT | Hypothèse |
|---|---|
| Utilitaire : 25 000 euros amortis sur 5 ans | 5 000 |
| Carburant, entretien, pneus, péages, stationnement | 5 500 |
| Assurance du véhicule | 1 500 |
| Outillage : 8 000 euros amortis sur 5 ans | 1 600 |
| Consommables d’outillage (forets, lames, embouts) | 1 000 |
| Responsabilité civile professionnelle | 1 200 |
| Téléphone, logiciel de devis et de facturation, banque | 1 500 |
| Comptabilité et frais divers | 1 200 |
| Acquisition de clients (site, annuaires, signalétique) | 1 500 |
| Total | 20 000 |
Les pièces que vous refacturez (cylindres, serrures, gâches) ne figurent pas dans ce tableau : elles se paient par leur propre prix de vente. Méfiez-vous seulement de leur effet sur les cotisations, vu plus bas.
Cotisations et statut : ce que le taux horaire doit absorber
En micro-entreprise : un pourcentage du chiffre d’affaires
Le micro-entrepreneur paie ses cotisations sur ce qu’il encaisse, pas sur ce qu’il gagne. Pour des prestations de services artisanales relevant des BIC, le taux est de 21,2 % du chiffre d’affaires en 2026 (entreprendre.service-public.gouv.fr). S’y ajoutent la contribution à la formation professionnelle de l’artisan, 0,3 % du chiffre d’affaires (F23459), et la taxe pour frais de chambre de métiers et de l’artisanat, 0,48 % pour les prestations de services hors Alsace-Moselle, dont est exonéré le micro-entrepreneur qui ne dépasse pas 5 000 euros de chiffre d’affaires (F37483).
Total : 21,98 % de chaque euro encaissé. Le besoin hors cotisations doit donc être divisé par 0,7802 pour obtenir le chiffre d’affaires nécessaire. Le versement libératoire de l’impôt sur le revenu, s’il est choisi, ajoute 1,7 % pour ces activités ; l’exemple raisonne avant impôt et l’ignore.
Conséquence directe : les pièces refacturées entrent dans le chiffre d’affaires et supportent ce pourcentage. Une pièce revendue à son prix d’achat vous coûte donc environ 22 % de son montant en cotisations.
Au régime réel ou en société
En entreprise individuelle au réel, les cotisations portent sur le bénéfice ; en société, sur la rémunération que vous vous versez, avec des taux qui diffèrent selon que vous êtes travailleur non salarié ou assimilé salarié. Le taux global dépend de votre niveau de revenu : faites-le chiffrer par votre expert-comptable ou par le simulateur de l’Urssaf, puis reportez le montant obtenu dans le calcul. Le détail par statut est traité dans les cotisations Urssaf de l’artisan.
Calculer sa marge d’artisan : l’exemple chiffré complet
L’exemple suit un serrurier en micro-entreprise, seul, sans salarié. Tous les montants sont en euros HT.
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Rémunération visée, avant impôt | Hypothèse | 30 000 |
| Charges annuelles | Tableau précédent | 20 000 |
| Réserve pour aléas | 10 % de 50 000 | 5 000 |
| Besoin hors cotisations | 55 000 | |
| Chiffre d’affaires nécessaire | 55 000 ÷ 0,7802 | 70 495 |
| Dont cotisations, CFP et taxe de chambre | 21,98 % | 15 495 |
| Prix de revient de l’heure facturée | 70 495 ÷ 880 h | 80,11 |
La réserve de 10 % est votre marge de sécurité : elle couvre l’impayé, le mois de panne, le cylindre perdu dans une porte. Sans elle, le premier incident se paie sur votre rémunération.
La sensibilité aux heures facturées
| Heures facturées dans l’année | Taux horaire HT nécessaire |
|---|---|
| 700 h | 100,71 |
| 880 h | 80,11 |
| 1 050 h | 67,14 |
Le même serrurier, avec les mêmes charges et le même objectif, voit son taux nécessaire varier de près de 50 % selon son organisation. Gagner une heure facturée par jour, en regroupant ses interventions par secteur ou en préparant mieux son stock de cylindres, rapporte plus qu’une hausse de tarif mal comprise par la clientèle.
Le piège : à 70 495 euros de chiffre d’affaires, ce serrurier a dépassé depuis longtemps le seuil de la franchise en base de TVA (37 500 euros pour les prestations de services, 41 250 euros en seuil majoré, selon entreprendre.service-public.gouv.fr). Il facture la TVA en plus de ses prix HT. Raisonner en HT protège la marge ; voir la franchise en base de TVA de l’artisan.
Taux horaire serrurier et forfait de déplacement : répartir le besoin
Le chiffre de 80,11 euros suppose que tout passe par l’heure de main-d’œuvre. La plupart des dépanneurs facturent aussi un déplacement. Chaque euro encaissé au titre du déplacement allège d’autant ce que doit porter le taux horaire :
taux horaire HT = (chiffre d’affaires nécessaire − recettes de déplacement prévues) ÷ heures facturables
Avec deux interventions par jour en moyenne, soit 440 dans l’année, et un forfait de déplacement fixé par hypothèse à 35 euros HT, les déplacements rapportent 15 400 euros. Le taux horaire nécessaire tombe à (70 495 − 15 400) ÷ 880 = 62,61 euros HT.
Ce partage n’est pas neutre. Un forfait élevé et un taux horaire bas rassurent sur l’intervention courte ; l’inverse favorise les déplacements suivis d’un refus de devis. Le forfait doit au minimum couvrir le coût du véhicule par intervention : dans l’exemple, 12 000 euros de frais annuels de véhicule pour 440 interventions, soit environ 27 euros. Si vous appliquez des majorations de nuit ou de week-end, calculez-les sur la main-d’œuvre et vérifiez qu’elles restent cohérentes avec ce que vous annoncez au client.
Du taux HT à l’affichage obligatoire pour les particuliers
Votre calcul est en HT ; l’information due au consommateur ne l’est pas. L’arrêté du 24 janvier 2017, qui vise expressément les prestations de dépannage et de réparation dans le bâtiment, impose au professionnel de communiquer avant la conclusion du contrat le ou les taux horaires de main-d’œuvre toutes taxes comprises, les modalités de décompte du temps passé, les prix forfaitaires le cas échéant, les frais de déplacement et le caractère gratuit ou payant du devis. Ces informations doivent aussi être affichées dans vos locaux et rester aisément accessibles sur votre site ou toute page en ligne consacrée à votre activité.
Trois conséquences pratiques :
- Le taux toutes taxes comprises dépend du chantier. Les 80,11 euros HT de l’exemple deviennent 88,12 euros toutes taxes comprises au taux de 10 % (logement achevé depuis plus de deux ans) et 96,13 euros à 20 % (local professionnel, déplacement seul). Prévoyez les deux dans votre grille ; le détail des cas figure dans notre guide des taux de TVA en serrurerie.
- Le décompte du temps s’annonce. Facturer à l’heure entamée, à la demi-heure ou au quart d’heure change le prix d’une intervention de vingt minutes : la règle doit être connue du client avant qu’il accepte.
- En franchise en base, le prix HT est le prix payé : aucune TVA ne s’ajoute, et la facture porte la mention de l’article 293 B du CGI.
Ce que l’affichage doit contenir, support par support, est détaillé dans l’arrêté du 24 janvier 2017 et l’affichage des prix.
Relire son taux face à une offre de sous-traitance
Le prix de revient horaire sert aussi à juger les propositions des donneurs d’ordre. En sous-traitance, vous ne fixez pas le prix payé par le client final : la question devient « combien me reste-t-il par heure réellement passée, trajet compris, une fois mes charges payées ? ». Ramenez la rémunération proposée à une intervention type, divisez-la par le temps total qu’elle vous prend et comparez avec votre prix de revient. Pour le contrat de sous-traitance KRONO, la règle publiée est la suivante : « Vous touchez environ 40 % de l’intervention HT, et vos pièces vous sont remboursées. »
Refaites enfin ce calcul une fois par an, après votre bilan ou votre dernière déclaration de chiffre d’affaires : une hausse du carburant, un nouvel utilitaire ou un passage du régime micro au réel déplacent le résultat. Pour situer ce taux dans un revenu annuel réaliste, voir combien gagne un serrurier à son compte ; pour l’intégrer à un prévisionnel complet, le business plan d’une serrurerie.
Ce qu’il faut retenir
- Le taux horaire se calcule à rebours : rémunération visée, charges, réserve et cotisations, divisées par les seules heures facturées.
- Le nombre d’heures facturables est la variable décisive ; mesurez-le sur plusieurs semaines au lieu de le supposer.
- Le véhicule et l’outillage s’amortissent sur plusieurs années ; leur remplacement doit être financé par chaque heure vendue.
- En micro-entreprise, 21,98 % de chaque euro encaissé part en cotisations, contribution et taxe de chambre pour un artisan en prestations de services, pièces refacturées comprises.
- Le calcul se fait en HT ; le particulier doit recevoir avant l’intervention un taux horaire toutes taxes comprises, le décompte du temps et les frais de déplacement.
Questions fréquentes
Comment calculer son taux horaire quand on est artisan ?
Additionnez sur un an la rémunération que vous visez, toutes vos charges professionnelles, une réserve pour les aléas et les cotisations sociales calculées selon votre statut. Divisez ce besoin par le nombre d’heures que vous facturerez réellement, une fois retirés congés, jours fériés, trajets, administratif et interventions sans suite. Le résultat est un taux horaire HT, à convertir pour l’affichage destiné aux particuliers.
Faut-il afficher son taux horaire HT ou toutes taxes comprises ?
Pour un dépannage chez un consommateur, l’arrêté du 24 janvier 2017 impose de communiquer avant le contrat le ou les taux horaires de main-d’œuvre toutes taxes comprises, avec les modalités de décompte du temps et les frais de déplacement. Votre calcul se fait en HT, mais l’information remise au particulier se lit toutes taxes comprises, au taux de TVA applicable au chantier.
Quelle part des heures travaillées un serrurier peut-il facturer ?
Aucune statistique officielle ne le dit, et chaque organisation diffère. Mesurez-la vous-même sur un ou deux mois : notez chaque jour le temps passé sur place, en trajet, au téléphone, au comptoir du grossiste et sur les devis. Le rapport entre le temps sur place facturé et le temps total travaillé est le chiffre qui gouverne tout votre calcul.
Un micro-entrepreneur doit-il intégrer ses cotisations dans son taux horaire ?
Oui, et d’une façon particulière : ses cotisations portent sur le chiffre d’affaires encaissé, et non sur le bénéfice. Pour un artisan en prestations de services, il faut compter 21,2 % de cotisations sociales, 0,3 % de contribution à la formation professionnelle et, au-delà de 5 000 euros de chiffre d’affaires, 0,48 % de taxe pour frais de chambre de métiers. Le besoin se divise donc par un peu moins de 0,78.
Sources
- Arrêté du 24 janvier 2017 relatif à la publicité des prix des prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le secteur du bâtiment et de l’équipement de la maison — Légifrance
- Cotisations sociales du micro-entrepreneur — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifié le 1er janvier 2026)
- Contribution à la formation professionnelle des travailleurs indépendants — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Taxes pour frais de chambre consulaire du micro-entrepreneur — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Régime micro-social : seuils et taux 2026 — entreprendre.service-public.gouv.fr
- Je suis micro-entrepreneur, puis-je déduire des charges ? — impots.gouv.fr
- BOI-BIC-AMT-10-40-30 — Amortissements, taux d’amortissement usuels — BOFiP
- Code du travail, article L3133-1 (fêtes légales) — code.travail.gouv.fr
- Franchise en base de TVA — entreprendre.service-public.gouv.fr
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.