Comptabilité de l’artisan du bâtiment : obligations du serrurier selon son statut
La comptabilité d’un artisan du bâtiment dépend de son statut. Le serrurier micro-entrepreneur tient un livre des recettes et, s’il est en franchise de TVA, un registre de ses achats. Au régime réel, l’entrepreneur individuel tient une comptabilité complète, allégée au réel simplifié, et dépose une liasse fiscale. La société dépose en plus ses comptes annuels au greffe. Aucun statut n’impose d’expert-comptable.
La comptabilité d’un artisan du bâtiment ne se choisit pas : elle découle du statut et du régime fiscal. Un serrurier micro-entrepreneur peut tenir la sienne sur un cahier ou un tableur ; le même serrurier passé au réel doit produire chaque année une liasse fiscale ; en société, il approuve et dépose des comptes. Entre les trois, l’écart de travail et de coût est considérable. Ce qui suit reprend les obligations de chaque situation, d’après les fiches d’entreprendre.service-public.gouv.fr vérifiées en septembre 2026 et l’article 286 du CGI, puis la question que tout artisan seul se pose : faire soi-même, s’équiper d’un logiciel ou payer un expert-comptable.
Comptabilité de l’artisan du bâtiment : le tableau par statut
| Situation | Livres à tenir | Comptes annuels | Déclarations |
|---|---|---|---|
| Micro-entrepreneur en franchise de TVA | Livre des recettes ; registre des achats et livre-journal des recettes au titre de la TVA | Aucun | Chiffre d’affaires, chaque mois ou chaque trimestre |
| Micro-entrepreneur redevable de la TVA | Livre des recettes ; à défaut de comptabilité, livre des opérations tenu jour par jour au titre de la TVA (CGI, art. 286, I, 3°) | Aucun | Chiffre d’affaires et déclarations de TVA |
| Entrepreneur individuel au réel simplifié | Livre-journal, grand-livre, inventaire annuel ; option pour la tenue super-simplifiée | Bilan et compte de résultat simplifiés | Formulaire 2031 et tableaux 2033-A à 2033-G |
| Société au réel simplifié | Comptabilité simplifiée : trésorerie au fil de l’eau, créances et dettes à la clôture | Bilan, compte de résultat, annexe le cas échéant ; dépôt au greffe | Liasse fiscale de la société |
Pour une activité de prestation de services relevant des bénéfices industriels et commerciaux, ce qui est le cas de l’artisan serrurier, le régime micro s’applique sous 83 600 euros de chiffre d’affaires annuel hors taxes, le réel simplifié jusqu’à 286 000 euros, le réel normal au-delà (BIC : régime réel d’imposition). Le choix du statut lui-même est traité dans quel statut juridique pour un artisan serrurier.
Comptabilité micro-entreprise : les obligations réelles
Le livre des recettes
C’est la seule obligation commune à tous les micro-entrepreneurs. Vous y inscrivez, dans l’ordre chronologique, chaque recette encaissée avec son montant, son origine (le client ou le donneur d’ordre), son mode de règlement (chèque, espèces, carte, virement) et la référence de la pièce justificative, c’est-à-dire le numéro de la facture ou de la note. Le total se fait tous les trois mois (obligations comptables du micro-entrepreneur).
Une souplesse sert le dépanneur : la fiche officielle admet, en renvoyant à l’article 286 du CGI, que les services rendus à des particuliers d’un montant unitaire inférieur à 76 euros soient inscrits globalement en fin de journée. Une ouverture de porte facturée davantage s’inscrit ligne par ligne.
Le registre des achats : deux sources d’obligation
La fiche officielle sur les registres du micro-entrepreneur ne l’impose qu’aux activités de vente de marchandises et de fourniture de logement. Un serrurier dont l’activité principale est le dépannage et la pose en serait donc dispensé.
La TVA dit autre chose pour les entreprises en franchise. L’article 286 du CGI, II, 1, impose aux « assujettis bénéficiant d’une franchise » de tenir et de présenter sur demande « un registre récapitulé par année, présentant le détail de leurs achats, ainsi qu’un livre-journal servi au jour le jour et présentant le détail de leurs recettes professionnelles », appuyés des factures. Le serrurier micro-entrepreneur en franchise, cas le plus fréquent au démarrage, tient donc bien un registre des achats : date, fournisseur, montant, mode de paiement et référence de chaque facture de cylindres, de serrures, d’outillage ou de carburant.
L’essentiel : la non-tenue de ces registres n’est pas sanctionnée en elle-même, mais leur falsification relève du faux, puni jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Surtout, sans livre des recettes à jour, vous déclarez votre chiffre d’affaires de mémoire, et chaque déclaration manquante coûte une pénalité de 60,1 euros.
Ce que la micro-entreprise vous épargne
Ni bilan, ni compte de résultat, ni inventaire, ni liasse fiscale. Vos charges réelles ne se déduisent pas : vos cotisations et votre impôt se calculent à partir du chiffre d’affaires encaissé, pièces revendues comprises. C’est pourquoi un serrurier qui achète beaucoup de matériel a intérêt à mesurer ce que lui coûterait le réel ; le calcul des cotisations est détaillé dans les cotisations URSSAF de l’artisan, et l’effet des achats sur votre prix horaire dans le calcul du taux horaire.
Compte bancaire, conservation, caisse : les obligations annexes
Le compte dédié. Le micro-entrepreneur n’est pas tenu d’ouvrir un compte professionnel. Un compte dédié à l’activité devient obligatoire lorsque le chiffre d’affaires dépasse 10 000 euros pendant deux années civiles consécutives (code de la sécurité sociale, article L613-10). Il peut s’agir d’un simple compte personnel distinct, que la fiche officielle décrit comme « généralement » moins coûteux qu’un compte professionnel, et qu’elle recommande d’ouvrir dès le départ.
La conservation. Livre des recettes, registre des achats et pièces justificatives se conservent dix ans à compter de la clôture de l’exercice. Les factures relèvent de la même durée, celle des pièces comptables (code de commerce, article L123-22), le délai fiscal étant de six ans (tout savoir sur la facturation).
Le logiciel de caisse. Si vous êtes redevable de la TVA et que vous enregistrez dans un logiciel ou un système de caisse des ventes ou prestations ne donnant pas lieu à facture au sens de l’article 289 du CGI, ce logiciel doit satisfaire à des conditions « d’inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d’archivage des données » (article 286, I, 3° bis). Les entreprises en franchise en sont dispensées (II, 2). Avant d’encaisser vos dépannages chez les particuliers avec une application, vérifiez auprès de l’éditeur qu’il fournit le certificat ou l’attestation exigé.
Entrepreneur individuel au réel : la comptabilité super-simplifiée
Passé au réel, par dépassement du seuil ou par option, l’entrepreneur individuel tient une véritable comptabilité. La fiche officielle, rédigée pour l’entrepreneur individuel commerçant, décrit une tenue qui enregistre chronologiquement tous les mouvements affectant le patrimoine de l’entreprise, et contrôle ses actifs et passifs par un inventaire au moins tous les douze mois. Les livres obligatoires sont le livre-journal, le grand-livre et un manuel des procédures comptables (obligations comptables de l’entrepreneur individuel).
Au réel simplifié, l’option pour la comptabilité super-simplifiée allège nettement la tenue : seuls les encaissements et les paiements sont enregistrés au jour le jour, les dettes et les créances n’étant constatées qu’à la clôture. L’option se coche chaque année sur la déclaration de résultat n° 2031, celle des bénéfices industriels et commerciaux, catégorie dont relèvent aussi les revenus de l’artisan.
Chaque année, l’entrepreneur dépose sa déclaration n° 2031 et les tableaux n° 2033-A à 2033-G au plus tard quinze jours après le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, par voie électronique. En contrepartie, vos charges réelles se déduisent : véhicule, amortissement de l’outillage, achats de pièces, assurance, et le résultat, non le chiffre d’affaires, sert de base aux cotisations.
Société : comptes annuels et dépôt au greffe
L’EURL ou la SASU de serrurerie tient, au réel simplifié, une comptabilité simplifiée : opérations enregistrées à leur date de paiement ou d’encaissement, centralisation trimestrielle dans le livre-journal, créances et dettes enregistrées à la clôture, bilan, compte de résultat et annexe simplifiés (obligations comptables d’une société commerciale). Une société membre d’un groupe en est exclue.
Après l’approbation des comptes, une copie est déposée au greffe du tribunal de commerce, dans le mois qui suit l’approbation, ou dans les deux mois si le dépôt est fait par voie électronique (dépôt des comptes annuels). Une société qui répond à la définition de la micro-entreprise comptable peut joindre une déclaration de confidentialité pour que ses comptes ne soient pas publiés, et elle est dispensée d’annexe. Le non-dépôt expose le dirigeant à une amende pénale de 1 500 euros, 3 000 euros en récidive.
Le piège : la confidentialité protège vos chiffres de vos concurrents, pas de vos donneurs d’ordre. Une entreprise générale ou un assisteur qui vous référence peut vous demander des éléments financiers ; anticipez la question plutôt que de la subir.
Expert-comptable, logiciel ou les deux : ce qui fait le coût réel
Ce que la loi permet
Aucun statut n’impose un expert-comptable : l’entreprise « peut aussi décider de gérer elle-même sa comptabilité » (quels professionnels peuvent aider dans la gestion). Mais si vous confiez la tenue à un professionnel, vous devez « obligatoirement » vous adresser à un expert-comptable inscrit au tableau de l’Ordre. Il engage sa responsabilité « dans le cadre et dans les limites de la lettre de mission » : c’est ce document qui fixe ce que vous payez et ce que vous obtenez.
Les organismes de gestion agréés offrent une voie intermédiaire : information, télétransmission, examen de conformité fiscale, pour une cotisation annuelle que la fiche officielle situe entre 100 et 200 euros. Depuis le 1er janvier 2025, l’adhésion ne donne plus droit à la réduction d’impôt pour frais de comptabilité.
Les cinq facteurs qui font la facture
La fiche officielle le dit sans chiffre : les honoraires dépendent « du temps passé, des missions confiées, du lieu des missions, de la taille de l’entreprise ou encore de l’expérience ». Pour un serrurier seul, cela se traduit ainsi :
- Le statut : en micro, un expert-comptable n’a presque rien à produire ; au réel ou en société, la liasse et les comptes annuels sont le cœur de la mission.
- Le volume de pièces : cent dépannages par mois réglés par carte et autant de tickets de grossiste ne demandent pas le même travail qu’une dizaine de chantiers facturés à des professionnels.
- La saisie : si vous transmettez des pièces classées et rapprochées de la banque, le cabinet révise ; sinon, il saisit, et vous payez ce temps.
- Les missions annexes : déclarations de TVA, paie d’un apprenti, prévisionnel pour la banque.
- Votre propre temps : faire soi-même n’est pas gratuit. Une soirée par semaine de saisie est une soirée que votre taux horaire doit financer.
Bon réflexe : demandez au moins deux lettres de mission sur un périmètre identique, et comparez ce qui est compris, pas seulement le total. Un forfait bas qui exclut la liasse ou les déclarations de TVA finit rarement moins cher.
Le logiciel, quel que soit le choix
Le logiciel de devis et de facturation devient de toute façon le point d’entrée de votre comptabilité : depuis le 1er septembre 2026, vous devez pouvoir recevoir des factures électroniques, et en septembre 2027 vous émettrez les vôtres et transmettrez vos recettes de particuliers par une plateforme agréée. Un outil qui alimente à la fois la plateforme, le livre des recettes et l’export vers votre expert-comptable supprime les ressaisies ; le calendrier est détaillé dans la facturation électronique de l’artisan, et les critères de choix dans le logiciel de devis et facture du serrurier. La qualité de la pièce de départ compte autant que l’outil : une facture incomplète se paie deux fois, en amende et en temps de correction (voir les mentions obligatoires d’une facture d’artisan).
En sous-traitance, la tenue est plus simple quand chaque règlement arrive par virement et renvoie à une facture identifiée : c’est le cas dans le contrat de sous-traitance KRONO, où les factures du partenaire sont payées à 30 jours, par virement.
Ce qu’il faut retenir
- En micro-entreprise : livre des recettes chronologique pour tous ; registre des achats et livre-journal pour les entreprises en franchise de TVA, au titre de l’article 286 du CGI.
- Les opérations au comptant de moins de 76 euros chez les particuliers peuvent être inscrites globalement en fin de journée.
- Au réel simplifié, l’entrepreneur individuel peut opter chaque année pour la comptabilité super-simplifiée, mais dépose une liasse 2031 et 2033.
- En société : comptes annuels approuvés puis déposés au greffe, avec possibilité de confidentialité pour les plus petites.
- Aucun expert-comptable n’est obligatoire ; si vous en prenez un, comparez des lettres de mission à périmètre égal. Tout se conserve dix ans.
Questions fréquentes
Quelle comptabilité tenir en micro-entreprise ?
Un livre des recettes, tenu dans l’ordre chronologique : montant, origine, mode de règlement et référence de la facture ou de la note. Un registre des achats s’y ajoute si votre activité principale est la vente de marchandises et, au titre de la TVA, si vous êtes en franchise en base. Pas de bilan ni de compte de résultat. Registres et pièces se conservent dix ans.
Un artisan a-t-il besoin d’un expert-comptable ?
Non, aucun statut ne l’impose. Vous pouvez tenir vous-même votre comptabilité, y compris en société. Mais si vous la confiez à un professionnel contre rémunération, ce doit être un expert-comptable inscrit au tableau de l’Ordre. Pour un micro-entrepreneur, il est rarement indispensable ; au réel ou en société, la liasse fiscale et les comptes annuels le rendent souvent rentable.
Combien coûte un expert-comptable pour un artisan ?
Aucun barème officiel n’existe : les honoraires dépendent du temps passé, des missions confiées, de la taille de l’entreprise et de l’expérience du cabinet. Comparez des lettres de mission sur le même périmètre : tenue ou seule révision, liasse fiscale, comptes annuels, déclarations de TVA, paie éventuelle. Le volume de pièces et la part de saisie que vous faites vous-même pèsent le plus.
Faut-il un compte bancaire professionnel en micro-entreprise ?
Pas au départ. Un compte dédié à l’activité devient obligatoire quand le chiffre d’affaires dépasse 10 000 euros deux années civiles consécutives ; il peut s’agir d’un second compte personnel, généralement moins cher qu’un compte professionnel. Il est recommandé dès le premier jour : séparer les flux simplifie le livre des recettes et la déclaration du chiffre d’affaires.
Sources
- Entreprendre.service-public — Obligations comptables du micro-entrepreneur (vérifié le 7 septembre 2026)
- Entreprendre.service-public — Registres obligatoires du micro-entrepreneur
- Entreprendre.service-public — Compte bancaire du micro-entrepreneur
- Code général des impôts, article 286 (registre des achats et livre-journal en franchise, logiciels de caisse)
- Entreprendre.service-public — BIC : régime réel d’imposition
- Entreprendre.service-public — Obligations comptables de l’entrepreneur individuel commerçant (vérifié le 7 septembre 2026)
- Entreprendre.service-public — Obligations comptables d’une société commerciale (vérifié le 7 septembre 2026)
- Entreprendre.service-public — Dépôt des comptes annuels d’une société
- Entreprendre.service-public — Quels professionnels peuvent aider dans la gestion d’une entreprise ?
- Entreprendre.service-public — Tout savoir sur la facturation (conservation des factures)
Article à visée informative, à jour à sa date de publication. Il ne remplace pas le conseil d’un expert-comptable, d’un assureur ou d’un juriste sur votre situation.